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manière, de trouver d'autres faeons plus neuves de penser et de dire, ont fait dévier la littérature d'une austère perfection, pour la tourner vers dos agréments plus nouveaux et plus suspects.
-Mais à toutes ces causes il faut hardiment ajouter l'équivoque protection que plusieurs princes ont accordée aux lettres. 11 fallut souvent, bon gré mal gré, subir ce patronage. Sous quelques empereurs, sous Domitien en particulier, il aurait été à peu près impossible de donner un ouvrage étendu au public, sans y mêler l'éloge du gouvernement, espèce d'impôt littéraire quil fallait acquitter pour exercer tranquillement son métier d'écrivain. Ces flatteries sont parfois sans mesure, et n'ont d'autre excuse que le malheur des temps.
Sans doute, il ne faut pas exagérer le servilisme de la littérature sous l'empire. Ne déclamons pas, pour un mot malheureux, «sur l'avilissement des gens de lettres», «sur la corruption du talent », etc. Nous savons fort bien que les écrivains rampants ont été plus rares qu'on ne croit, mémo sous les règnes les plus tristes, qu'on peut compter tout au plus cinq ou six panégyristes déterminés des empereurs, comme Yalère Maxime ou Martial, (pie, chez les autres, il ne faut pas trop s'elFarv.ucher d'um,' préface un peu compromettante, d'un compliment souvent arraché par la convenance, par l'usage, par la nécessité. Mais enlin reconnaissons franchement que les écrivains de l'empire ne peuvent représenter à nos yeux l'idéal d'une littératiu'e indépendante; nous aurons à le dire plus souvent que nous ne voudrions. Comment cette demi-servitude auraitelle été sans influence sur le talent? Comment n'auraitelle pas abaissé l'àme de ceux qui la subissaient, et qui parfois couraientau-devantd'elle? l*our ceux qui refusaient absolument, sous les mauvais princes, d'accepter les bonnes grâces et la protection du pouvoir, c'était un autre mal : des airs in([uiets et sfKipçonneux, l'habitude d'une fausse profondeur ou d'une maladive obscurité.
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D'ailleurs il ne faudrait pas croire que le patronage impérial eût constamment le caractère d'une surveillance étroite, jalouse et malfaisante. Sous quelques princes, sous Trajan par exemple, le pouvoir n'intervient dans les lettres que par une protection large et tolérante. Chacun pense et écrit à ses risques et périls; l'écrivain ne relève que du public et de l'opinion générale. L'empereur se contente de sourire d'en liant, comme un dieu de l'Olympe, paternel et bon, mais aussi peu sensible à la ferveur de notre reconnaissance, qu'à l'emportement de nos puériles colères. Lorsque, d'un règne oppresseur, sous lequel l'admiration, à défaut du silence, était imposée à la littérature, on passait à un régime libéral, où il était enlin permis d'être vrai, tous les esprits s'épanouissaient sous ce gouvernement nouveau. Jamais peut-être on ne vit mieux cette naïve expansion des âmes qu'après la chute de iJomitieu; Martial lui-même, qui avait si effrontément abusé de l'hyperbole, et à qui la pudeur aurait du conseiller le silence, -^[artial est enivré de la joie générale, et il ne peut s'empêcher d'avouer qu'il est heureux avec tout le monde'.
Mais il faut lire surtout dans le Pant't/j/riquc ch Trajan l'expression de cette délivrance morale. Pline avait lu l'éloge du prince dans trois séances consécutives, au milieu du plus vif empressement; il cherche les raisons de la faveur extraordinaire qui a accueilli son travail : « Pourquoi mes auditeurs ont-ils montré tant de zèle? Autrefois, lorsqu'au Sénat, on il fallait bien le souffrir, on récitait un discours à la louange du prince, quelques instants d'attention paraissaient ennuyeux : maintenant on vient pendant trois jours écouter un morceau du même genre. Ce n'est pas que l'orateur soit plus éloipient, mais il a parlé avec plus de liberté, et par conséquent on l'a écouté avec plus de plaisir. Ce sera donc encore une gloire pour notre prince que ces harangues, hier encore odieuses parce qu'elles