‹ Les gens de lettres et leurs protecteurs à Rome [microform]Chapitre 161 sur 345 · V(iy. le cluip. siiivanî · texte numérisé non relu

V(iy. le cluip. siiivanî

étaient hypocrites, soient aujonrcriuii agréables à tous, parce quY^lles sont devenues sincères". » On ne peut mieux marquer la ditîerence entre un despote qui veut être loué, et un galant homme qui permet qu'on le loue. Là, le panégyrique même est un acte d'accusation contre rabaissement d'un pouvoir envieux et défiant^ qui exige la louange comme un témoignage de la servitude publique; ici, la sincérité de l'éloge le sauve de tout soupçon de servilisme.

Du reste, bons et mauvais empereurs affectent le même intérêt pour les lettres; presque tous ceux dont nous connaissons un peu l'histoire, et qui ont eu le temps de s'affermir dans la puissance, prétendent comme Auguste protéger les écrivains. Ils veulent avoir auprès d'eux leurs Yirgiles et leurs lloraces; et, quand le goût de la poésie aura baissé, ils se rejetteront sur les grammairiens, les rhéteurs, les néo-sophistes et les philosophes. A partir de Commode, les informations précises font presque défaut pendant deux siècles; cependant des renseignements fortuits, des mots échappés aux insipides compilateurs de V Histoire A fff/t(s/e, montrent encore, de luin en loin, que la tradition n'est pas éteinte. Septime Sévère s'entoure de littérateurs; cet usage revit avec un certain éclat au temps d'Ausone et de Claudicn.

Les rois barbares qui succédèrent à l'empire eurent aussi quelquefois, on le sait, la prétention de protéger les lettres ; il n'est pas douteux que, sur ce point, ils ont voulu poursuivre la politique des Césars. Quand Eiu'ic et Chilpéric protègent Sidoine Apollinaire et Yenance Fortunat, ils se croient naïvement les héritiers des empereurs. Cette tradition littéraire traverse sourdement les temps obscurs du bas moyen âge; le siècle de Charlemagne, où Timitation de l'antiquité se trahit d'une manière si curieuse, où la

1. Lp., III, IS. Cf. Paiiofi. TraJ., 4 : « \ec noOis mimera tua pvœdicnrc, sed (iiulire tibi iipcnsse est. »

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cour devient une académie pédantesque, où l'un fait de méchants vers latins en estropiant les vieux modèles, devait avoir aussi son Auguste ; Charles est le dieu du Palatm nouveau, et on sait qu'Alcuin se donnait modestement pour rriorace de la cour.

Après cet aperçu rapide sur les rapports de la littérature avec l'empire, nous allons voir comment les premiers Césars, de Tibère à Néron, ont entendu ce rùle de protecteurs des lettres qui entrait, pour ainsi dire, dans leurs fonctions publiques.

Le palais impérial présente, jusqu'à A'erva, un singulier spectacle. Presque tous les princes semblent pris l'un après l'autre d une sorte particulière de folie, la folie césarienne. Arrivés au pouvoir, ils l'exercent d'abord, même à Rome, avec modération; ils sont les délices de leurs peuples. Puis, je ne sais quel vertige les prend, et leur tête n'y résiste pas. Alors on dirait qu'ils jouent un drame devant le peuple romain; la pièce est tantôt burlesque, tantôt sinistre; mais, dans ses péripéties de débauche, de cruauté et d'extravagance, elle n'a jamais rien de commun et d'ordinaire. Kt cependant ces mêmes hommes, devenus l'épouvante ou le scandale de Rome, donnent aux provinces de bons gouverneurs; ils sont adorés des soldats, et ordinairement aimés du petit peuple, de sorte que l'historien ose à peine décider si l'empire a été heureux ou malheureux de vivre sous leur gouvernement.

Ils portent la même incohérence dans leurs rapports avec les écrivains; tous ont aimé et cultivé les lettres, et même tous, plus ou moins, ont eu la volonté de les protéger; mais les poètes et les historiens de leur règne sont tantôt comblés de faveurs, tantôt étroitement surveillés et punis avec rigueur.

De tous ces princes, Tibère est peut-être plus difficile encore à juger que les autres. On peut à volonté en faire un excelh'ut empereur, ou le dernier des misérables. Il

i.KS (ii.Ns iJi: i.ici nus.

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déconcerte récrivaiii par ses contradictions; il a le goût des grands travaux, et il est avare, noté pour son avarice; il tue aujourd'hui pour un mot, et supporte demain les avanies les plus sangl;mtes.

Ses goûts littéraires, comme on peut s'y attendre, ont quelque chose d'assez étrange. (îraiid amateur de termes un peu vieillots, pnriste intransigeant, scru|)uleux sur des niaiseries de pédagogue, poète à ses heures, orateur quelquefois facile et brillant, plus souvent pénible, entortillé, pâteux et lourd', Tibère est bien ici, connn<» dans sa politique, cet être bizarre et divers, que Tacite lui-même n'a pu nous faire parfaitement conq)rentlre.

Il aima jusqu'à Fengouement Julius Montanus, poète descriptif qui s'était fait une spécialité des levers et des couchers de soleil ; plus tard ils se brouillèrent, sans qu'on sache seulement si ce pauvre Montanus avait retiré quelque chose de cet auguste commerce". On n'a qu'un renseignement bien précis sur l(*s libéralités de Tibère aux gens de lettres, et ce renseignement, que nous devons à Suétone, a bien l'air d'une épigramme; il donna un jour deux cent mille sesterces à Sabinus Asellius pour un dialogue, où le champignon, le beciigue, la grive et l'huître se disputaient la prééminence"^!

Tibère aimait surtout à s'entourer de (îrecs, savants et subtils conimentateurs, dont la société lui était très agréable*. Ceux qui étaient au courant de ses goûts lui apportaient des gloses sur d'obscurs poètes alexandrins, qu'il préférait à tous les autres; c'étaient là les titres les plus sérieux à sa bienveilhmce. Nous savons d'ailleurs un peu ce qui se passait dans ce cercle de graimnairiens présidé par César; on agitait, par exemple, des problèmes de ce genre : « Quels étaient les chants des Sirènes? Qtiel

1. Snét., Tih., 70 et 11; l)i; Gramm., 22; Tao., Ann.. vi, 31 ; xm, :}.

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