‹ Les gens de lettres et leurs protecteurs à Rome [microform]Chapitre 165 sur 345 · iV, V, a; VI, IV, o · texte numérisé non relu

iV, V, a; VI, IV, o

2. Dopilis le niim. 94 du second livre. •i' II, ÎU: 107 : 12G: rf^.

et les divisions convenues du discours. Soyons donc un peu indulgents pour le parleur qui, croyant nous raconter les événements de son temps, prononce le panégyrique de Tibère, et s'emporte dans tous les excès du genre.

D'ailleurs, il faut le dire, Velléius est flatteur par tempérament. S'il nncontre, chen\in faisant, un nom illustre, il ne manque pas de s'arrêter un instant, fait sa petite révérence, et continue sa route d'un air satisfait. Rien de curieux conmie ces éloges qui partent à droite, à gauche, dans toutes les directions, sans qu'on sache au juste pourquoi. Comment n'aurait-il pas dépassé la mesure, quand il parlait de Tibère, dont il n'avait vu que les belles années, et sous les ordres duquel il avait servi dans les glorieuses campagnes du Danube et du Uhin? Yelléius luimême, sans doute, aurait parié d'une autre manière, ou aurait gardé le silence, s'il avait connu l'ignominieuse vieillesse de l'homme de Caprée.

A Tibère succéda un prince de vingt-cinq ans, cher aux habitants de Rome, qui aimaient en lui le fils de (iermanicus, et adoré des soldats, qui l'avaient vu tout enfant courir autour des bivouacs. Caius César, surnommé Caligula dans le langage familier des camps, fit son entrée à Rome, escorté d'une foule immense qui lui prodiguait les témoignages d'une tendresse toute populaire. Son premier soin fut de rappeler les bannis, et d'arrêter les procédures commencées pour crime de lèse-majesté. Il rendit au public et à la libre discussion les œuvres de Labiénus, de Cassius Sévérus, de Crémutius Cordus, proscrites sous les règnes précédents, disant que, pour lui, il croyait n'avoir rien à redouter de Timpartialité de l'histoire'.

Ce beau rêve d'un empire libéral ne dura pas longtemps. Quelques mois après ces débuts pleins d'espérances, Cali-

1. Suét., Caius, 16. — Comme tous les princes de la maison des Césars, il avait de la culture et même de lesprit ; son appréciation du style de Sénéque ; '< arena sine caice », ne manque pas de justesse, dans sa forme pittoresipie. (Suét., Caius, o3. Cf. 22, ."iS et 45.)

gula tomba malade; le peuple inquiet passait les nuits autour du palais ; mais, quand le prince convalescent rentra dans la vie publique, Rome étonnée ne reconnut pas son idole délier. Caligula était fuu ; son cerveau ébranlé ne retrouva plus son équilibre ^

Dès lors, à quoi bon s'amuser à compter les extravagances d'un homme qui conviait la Lune à venir partager sa couche, et, dans ses songes bizarres, s'entretenait avec l'Océan? Son délire était souvent féroce. Sénèque faillit périr pour avoir trop bien parlé devant César'. Plusieurs écrivains succombèrent sous ce gouvernement qui s'était annoncé par des promesses de liberté '\ Après la mort de Cahgula, on trouva -dans ses papiers des notes sur ceux qu'il destinait à la mort; le tout formait deux espèces d'écrits qu'il avait intitulés le Glaive et le Vo'ujnar(l\ Ce règne trouva cependant, parmi les orateurs, les historiens et les poètes, des serviteurs mercenaires'. La méchanceté envieuse du prince s'acharnait même sur les grands noms du passé; il eut la pensée d'anéantir les œuvres d'Homère, et faiUit enlever des bibliothèques publiques les écrits et les portraits de Virgile et de Tite Live, trouvant l'un sans génie, l'autre verbeux et négligé'. On cite pourtant de lui une mesure bienveillante pour les lettres, bien que peut-être elle ne fut pas très efficace : l'institution des premiers concours littéraires".

Enfin on se lassa des folies de César; quelques centurions débarrassèrent Rome de ce singulier gouvernement. On sait comment fut inauguré le règne de son successeur. Après le meurtre de Caligula, un soldat découvrit derrière une tapisserie une espèce d'homme qui tremblait de tous

1. Sué!., Caius, 22 : u llaclenus de principe; reliqua ut de tnonsiro narranda sunt. »

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