‹ Les gens de lettres et leurs protecteurs à Rome [microform]Chapitre 173 sur 345 · Suél., Ser., 3U · texte numérisé non relu

Suél., Ser., 3U

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apothéose de Néron, et s'élève avec force contre cette monstrueuse flatterie, injurieuse à l'Olympe, dit-il, qui divinise les plus pervers des mortels ' .

Lucain entra, un des premiers, dans la conspiration de Pison, et il se comporta, parmi les autres conjurés, avec une témérité sans égale : personne n'était plus emporté et plus violent que lui. Mais, après la découverte du complot, toute cette ardeur tomba devant les supplices. Quand la plupart mouraient avec courage, quand une simple femme ne se laissait pas arracher un aveu par les bourreaux, Lucain semblait, par une suprême lâcheté, demander sa grâce à Néron. Peut-être restait-il un dernier espoir aux conjurés qui livreraient le nom de leurs complices. Lucain dénonça sa mère, <( espérant sans doute, dit le biographe avec une f(''rore ironie, que cela serait agréable à un parricide». Puis, comme étourdi de ce premier crime, il ne se connut plus, et dénonça complices sur complices, au point d'épouvanter Néron-. Il retrouva pourtant quelque énergie pour mourir, si on peut appeler énergie cette ostentation théâtrale, ces vers dramatiquenuMit récités en face de la mort'. Temps singulier, que celui où de misérables préoccupations littéraires se mêlaient au dernier supplice, où l'on se souciait moins de bien mourir, que de mourir avec art!

Ainsi finit Lucain, âgé de vingt-six ans, entré dans la renommée quand d'autres entrent h peine dans la jeunesse; beau et vigoureux génie, gâté par des succès prématurés, surtout par une lutte morale où il usa ses forces, combattu entre les généreux instincts vers lesquels il inclinait, et le patronage d'un mauvais prince.

Sénèque lui-même peut être compté parmi ces écrivains que Néron a, jusqu'à un certain point, corrompus. Sans reprendre en détail toute son histoire, ne peut-on pas dire que sa situation sous le règne de Néron, qui fut tantôt celle

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