Suét., y
r>. I/Md.: Pline, Hisf. nai., i, pr^f., et ii, 25. Cf. Pline le Jeune, Ep., v, 3.
238 LKS r.ENS DE LETTRES
(l«ans leurs écrits, tout»' parole surveillée par Tespionnage des délateurs, montrent ce qu'il restait de vraie liberté sous ce règne. Les sublimes colères de Tacite, les plaintes éloquentes de Pline, les froids et impitoyables procès-verbaux de Snétono sont là pour nous apprendre que jamais peut-être à Rome, même sous Néron, la pensée ne fut plus opprimée. Les âmes indépendantes, mais modérées, qui blâmaient l'emportement des stoïciens, et ne voulaient pas courir vers d'inutiles dangers, prirent le parti de se réfugier dans le silence^ pour laisser passer ce temps <( d'extrême servitude! ».
Mais pour ceux qui consentaient à courber la tête^ à flatter l'épaisse vanité du prince, à vanter les vertus du réformat(MUM)flicielde la moralité, et les prétendus triomphes du divin (lermanique, p(>ur eux la carrière était ouverte; on encourageait leur bonne volonté; ils avaient les prix dans les concours, les succès des lectures et d(^s cercles, les applaudissements d'une camaraderie bruyante. Cette littérature asservie, ou au moins soumise, facile, frivole, superficielle, fut très prospère sous le règne de Domitien, qui la soutenait de son paternel regard. Les poètes étaient nombreux, habiles dans les procédés techniques de leur art; ils tenaient beaucoup de place, et faisaient beaucoup de bruit. Cela pouvait presque doimer Tillusion d'un grand mouvement littéraire.
Domitien lui-même aimait-il autant les lettres qu'il voulait le faire croire, et que ses courtisans le répétaient autour de lui ? Suétone dit positivement qu'il les négligea, du jour où il fut arrivé au pouvoir, qu'il ne donna plus une heure à la lecture de Thistoire et des poètes, et qu'il n'avait entre les mains d'autre volume que le recueil des actes de Tibère. Mais il avoue, et Tacite est d'accord avec lui sur ce point, que pendant sa jeunesse, à l'époque où son père et son frère le tenaient un peu à l'écart, Domitien affectait de s'enfoncer dans l'étude, comme s'il eut voulu échapper à la jalousie des siens, et esquiver des périls
ET LEURS PROTECTEURS A ROME. 23fl
imaginaires, en s occupant de tout autre chose que des affaires publiques. C'est donc sans doute avant son avènement quil écrivit ces vers médiocres qu'ont beaucoup trop loues Ouintilien, Silius Italiens, Staee et Martial'.
Cependant, si Domitien cessa de cultiver les lettres, une lois maître de l'empire, il eut toujours la prétention de s mteresser à leur fortune. La bibliothèque du Capitole, dévorée par un incendie, fut reconstituée à grands frais • on acheta de tous côtés de nouveaux exemplaires, et des hommes instruits furent envoyés en Egypte pour prendre des copies '. On sait que l'empereur fonda les jeux capitol.ns, et le concours littéraire d'Albe, et qu'il aimait à y distribuer de sa main des couronnes de chêne et d'olivier Sa cour devint une sorte d'académie, où les poètes en faveur se disputaient les bonnes grâces de César, qui faisait semblant de s'intéresser à leurs moindres travaux : « Nous autres poètes, lui disait Martial, nous sommes votre plus douce gloire, le premier objet de votre sollicitude, vos plus chères délices. Quand la foule vous présente ses requêtes vos poètes n'offrent au maître que des vers; mais nou^ savons qu un dieu peut s'occuper en même temps des affaires et des Muses, et nous savons aussi que les guirlandes qui couronnent notre front ont du prix à vos yeux '. ..
C'était surtout pour la satisfaction de son insupportable latuite que Domitien protégeait les écrivains dociles. En échange de quelques faveurs, il exigeait des flatteries énormes ; elles n'étaient jamais trop fortes. Telle page de la littérature contemporaine prouve qu'on pouvait sans crainte lui servir les flagorneries les plus grossières, celles qu'un honnête homme rougirait d'accepter. Adulatonam! Tel est le titre singulier' de quelques pièces de
1. Sçiél Domit., 2 et 20; Tac, Hht.. iv, 86: Mari v v OuinI t )• S.lMis liai., l'un., m, 619-621 ; Staoe, Arlili H ' ' ^ '- ^' ' '