‹ Les gens de lettres et leurs protecteurs à Rome [microform]Chapitre 18 sur 345 · Cic, De Fin., ii · texte numérisé non relu

Cic, De Fin., ii

d*une gravité morose, et cet appareil un peu charlatanesque, dont l'école s'entourait volontiers. La plupart des stoïciens s'interdisaient toute parure de langage, autre genre d'affectation, petite hypocrisie, h laquelle beaucoup de gens se laii^saient prendre. PaïKctius ne put se décider à croire qu'on a\ilissait la vérité, en lui donnant un air aimable. D'ailleurs, à ses yeux, la sagesse ne devait pas être le privilège exclusif d'un petit nombre d'initiés; il fallait la faire aimer de tous, même des gens du monde, et pour cela, il convenait de la présenter sous les dehors sympathiques d'une belle parole, d'emprunter les prestiges de la poésie, et surtout de l'éloquence. Ajoutons enfin que PanaHius avait fait des recherches spéciales sur les origines du pouvoir, et les conditions du droit public. Un tel homme, à la fois philosophe, orateur et juriste, moraliste grave et cependant tolérant, lettré délicat et causeur agréable, devait plaire à cette aristocratie, représentée surtout par Scipion et La^lius, très éclairée, très savante et trèshbérale, au moins en littérature.

Scipion, séduit d'avance par tout ce qu'il apprenait, voulut coimaitre I*an.ctius, en faire soncofilidentet son conseiller. On peut croire que Diogène jouait ici le rôle de négociateur, et qu'il reçut mission, à son retour en (irèce, d'employer tous les moyens de persuasion pour décider Pana?lius à faire le voyage de Home. Celui-ci ne repoussa pas les ouvertures qui lui furent faites; n'oublions pas du reste que, chez les philosophes grccs^ l'habitude des voyages était une tradition ancienne, qui remontait à Pylhagore et à Thaïes ; ils passaient une partie de leur vie à parcourir les pays étrangers, allant de préférence là où ils étaient appelés par la réputation d'un maître célèbre, ou par l'espoir de gagner des adeptes à leur système.

La noblesse romaine accueillit Panœtius avec empressement. Scipion voulut qu'il demeurât chez lui ' ; le philo-

1. Cic, Pr. Arad., n, 2; Pro Mur., 31. CJ. Vell. Pat., i, 13.

sophe fut pendant plusieurs années son hôte et son commensal. On ne les voyait presque jamais l'un sans l'autre, et même une fois, dans une célèbre ambassade auprès des alliés de la République en Orient, Scipion ne voulut d'autre compagnon de voyage que Pana?tius. Un très petit incident, qui se rattache à cette légation, montre qu'on ne détestait pas le mot pour rire entre les deux amis. Le vaisseau qui portait l'ambassadeur de la République venait d'entrer dans le port d'Alexandrie; les Egyptiens, accourus en foule sur le rivage, poussaient naturellement des acclamations ; rien d'unanime comme la servilité de la multitude. Le roi Ptolémée voulut, lui aussi, faire montre de son zèle; il vint donc au-devant de Scipion, et, quand celui-ci eut débarqué, le cortège officiel se mit en marche pour entrer dans la ville. Mais l'infortuné prince, très gros, très essoufflé, peu habitué à la marche, avait peine à suivre Scipion, et suait à grosses gouttes. Scipion s'amusait de son supplice, et se penchant à l'oreille de Panœtius : «Au moins, dit-il, mon voyage n'aura pas été inutile à ces braves gens d'Alexandrie : ils auront vu leur roi marcher ^ ! »

Mais on parlait aussi de choses plus sérieuses ; Panœtius développait, en termes éloquents, quelque belle théorie sur le gouvernement de noire ame ou le gouvernement des cités. Scipion écoutait docilement ces leçons présentées sans pesanteur ; chacun de ces entretiens le laissait un peu meilleur. Dans le commerce de cet esprit charmant, il perdit les derniers restes de l'aspérité latine, et devint le plus doux et le plus indulgent des hommes*.

Lœlius aussi, à peine est-il besoin de le dire, profita de ces leçons'; ce n'était là d'ailleurs qu'un enseignement domestique, sans formes et sans apprêts. Mais Panœtius ouvrit à Rome, à l'usage des hommes d'État, des conférences plus régulières sur la philosophie et sur le droit. Il

1. Acad., Il, 2; Plut., Urg. et Imp. apopht. Scip. Min.. 13 et li); etc.

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