Ep., V
pouvait pas être un courtisan bien déterminé; mais, soldat et ingénieur au service de l'Ktat, il était tenu à des égards particuliers. Son livre des Stmiar/rmcs lui offrait mille occasions d'exalter l'empereur, qu'une âme commum^ eût saisies avec empressement. 11 s'est contenté de louer deux ou trois fois Domitien, et en termes modérés * ; c'est presque un acte d'indépendance.
Quintilien, nommé précepteur des petits -neveux du prince, revêtu des ornements consulaires', s'est cru aussi obligé par les convenances de ne pas refuser à l'empereur un de ces éloges pompeux qu'il attendait avec avidité. Voici comment il a payé cette dette nécessaire : « Le soin de l'univers a distrait notre Germanicus Auguste des études qu'il avait commencées ; les dieux ont pensé que c'était trop peu pour lui d'être le premier des poètt^s. Cependant, rien de plus sublime, de plus docte, d'une perfection plus achevée, que les essais de sa jeunesse. La postérité dira tout cela mieux que nous; car, pour le moment, l'éclat des autres qualités du prince fait quelque tort à son talent d'écrivain. Mais à nous. César, qui sommes voué au culte sacré des lettres, à nous au moins vous permettrez de ne pas taire votre génie, et d'emprunter la langue de Virgile pour vous dire « que sur votre front, le lierre « s'entrelace au laurier \ »
C'est à peine si Martial lui-même a rien écrit d'aussi extraordinaire. Mais si l'on réfléchit que ces flatteries sont presque isolées dans l'œuvre considérable de Quintilien \ que le ton tout artificiel de ce morceau montre évidemment que c'est un sacrifice fait aux habitudes du langage