‹ Les gens de lettres et leurs protecteurs à Rome [microform]Chapitre 184 sur 345 · Suél., Dom · texte numérisé non relu

Suél., Dom

Domitien, sans même essayer de déguiser la llalterie sous des artifices qui pourraient l'excuser. Rien de plus commun dans son œuvre; il ne vaut pas la peine de s'y arrêter '. Mais Martial ne se contente pas d'adorer humblement le dieu d'ici-bas ; il le compare à ceux d'en haut, et franchement ils n'ont pas à s'en féHcitcr. Hercule est trop heureux que le prince ait daigné lui emprunter ses traits et son costume : c'est un honneur qu'il ne méritait pas'. Jupiter lui-même est traité avec une désinvolture effrontée ; César est le vrai Jupiter du poète; c'est à lui que vont ses hommages et ses prières. Il faut bien que a l'autre » en prenne son parti ' : « Si le maître d'hôtel de Jupiter et celui de César m 'invitaient à souper dans les deux Olympes, quand même le ciel serait plus près, le palais des Césars plus loin, voici ce que je ferais répondre aux dieux : « Cherchez un convive qui préfère la table du maître de la )) foudre ; mon Jupiter h moi me retient sur la terre ^ »

Le Jupiter de Martial avait aussi son Ganymède, Karinus, plus beau qu'Atys, llylas et Endymion, Karinus, amené à Rome par Vénus elle-même. C'est une chose étrange que cette cour, à la l'ois sanglante et voluptueuse, passant des supplices aux plaisirs. Tous les écrivains du palais chantèrent donc à l'envi le jeune favori ; les poètes grecs trouvèrent des pensées délicieuses sur le doux Karinon, né parmi les roses du premier sourire de l'année. Stace lui consacra sa silve la plus aérienne, un chef-d'œuvre de délicatesse, où les endroits difficiles sont touchés d'une main légère ; il papillonna autour de son sujet, se posant sur les fleurs, évitant les épines; un rien exquis, une gaze tissue d'éther et de lumière''.

Que fera Martial pour lutter contre un concurrent si

1. IV, 8; V, 5; vi, 3; vu, 2 et 5; viii, Prœf.; 24 et 82; clr.

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