‹ Les gens de lettres et leurs protecteurs à Rome [microform]Chapitre 185 sur 345 · Si/v., III · texte numérisé non relu

Si/v., III

redoutable? Savez-vous quel est son grand ennui? C'est que le nom d'Éarinus ne puisse entrer dans son vers : Tu, sxjllabacontumax, répugnas! Nous apprenons du moins que ce nom est celui du printemps, qu'il est plus doux que le nectar des dieux, qu'il est digne d'être écrit en lettres de sang par les flèches de l'amour'... Remarquez que Martial est ravi de trouver devant lui cette syllabe indocile, qui lui ménage cet ingénieux désespoir! Enfin, on fait bien ce qu'on peut pour être agréable, et peut-être Domitien a-t-il daigné être content de l'esprit de son poète. Un jour la chevelure d'Earinus tomba sous le ciseau ; grand événement parmi la domesticité littéraire du palais! On décrivit tous les détails du sacrifice, les longues boucles recueillies sur un peignoir de soie, enfermées dans un écrin d'or, envoyées en grande pompe au temple d'Esculape\ Pauvres poètes ! Yoilà donc où il faut descendre pour plaire à votre maître ! A quoi vous sert tant d'esprit? A chanter un homme qui n'est pas même un homme !

Tout ce qui approche de César a droit d'ailleurs à la religieuse vénération de Martial; rien n'est petit dans l'entourage d'un dieu. L'échanson de service, le bibliothécaire du palais reçoivent donc à leur tour les hommages du poète ^ Enfin, pour être bien sûr de n'oublier personne, Martial enveloppe dans les mêmes félicitations toute la maison de Domitien ; il faut citer encore cette page étrange : « Autrefois, Rome détestait les serviteurs de nos princes, et l'orgueil hautain des courtisans. Maintenant, César, on a tant d'amour pour vos officiers, qu'on ne pense à sa propre maison qu'après la vôtre, si grande est leur modestie, leur bonté, leur déférence pour tous, leur humeur affable et obligeante ! C'est que tous, en entrant dans votre palais, ont pris le caractère et les qualités de leur maître \ »

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