Fuscus fut tué dans le .ombat
— Voy. son épitaphe dans Martial, vi, G.
2i>2 LES GENS DE LETTRES
camp romain : « Dégis, saisi d'admiration, après avoir vu le maître du monde, dit à ses compagnons : « Mon sort est » bien plus heureux que celui de mon frère ; car j'ai vu de » mes yeux le dieu qu'il adore de si loin * ! »
Martial est surtout curieux à lire, quand la renommée commence à se répandre que Domitien va revenir en Italie. C'est un délire croissant d'admiration, depuis les premiers bruits du retour, jusqu'à l'entrée à Rome et jusqu'au triomphe. Domitien entend d'abord, dans le lointain, les vœux du peuple et du sénat, qui redemandent leur prince. Rome est triste, d'après Martial; des lauriers ne lui suffisent plus ; elle est jalouse même de ses ennemis : eux du moins voient celui qui est à la fois leur épouvante et leur félicité'! Martial prépare avec habileté l'évolution de son enthousiasme ; c'est un drame savamment organisé, où ne manquent pas même les péripéties de rigueur; car l'arrivée de l'empereur est tour à tour annoncée et démentie. La rumeur se répand tout à coup que Domitien s'est mis en route, rumeur venue on ne sait d'où, car les récents bulletins se taisent sur ce point. Mais cela suffit à Martial ; c'est toujours une bonne occasion de parler des victoires de César. La nouvelle est ensuite officiellement déclarée fausse ; autre prétexte au poète courtisan de dire au prince que Rome est impatiente, qu'elle a les yeux fixés sur l'horizon, que son âme est dans le camp de César \
Enfin, cette fois, plus de doute, Domitien s'avance à petites journées; tout se prépare pour la réception officielle. Pendant que le légionnaire aiguise les couplets moqueurs qu'il faut bien lui passer, Martial prépare ses hymnes les plus vibrants. Nous ne détaillerons pas d'ailleurs les choses incroyables que le désir dY'tre bien noté
lui inspire en cette circonstance'. Le goût seul, à défaut de la dignité personnelle, aurait dû au moins le défendre contre certaines bizarreries. Il est bien pédant de dire à Domitien qu'il peut rentrer dans sa bonne ville de Rome pendant la nuit, si cela lui fait plaisir, parce que la lumière ne peut manquer au peuple, quand son prince est présent'! Il est plus lourd encore d'affirmer que, le jour du triomphe, Janus se plaignit de n'avoir que deux visages, pour contempler à son aise le vainqueur du Danube !
Cette page de Martial a du reste un grand intérêt historique, car on y voit tout l'appareil ordinaire d'une réception triomphale : la foule immense, en toge blanche, répandue sur le passage du cortège, l'encens fumant dans tous les temples, les spectacles de gala, les triples largesses distribuées au peuple. L'intérêt moral de cette page est peutêtre plus grand encore; elle prouve qu'une multitude façonnée à la servitude, quand il s'agit d'acclamer les dehors de la puissance, ne distingue guère entre un pouvoir qui a mérité ses applaudissements, et celui qui les a mendiés.
Martial enfin n'est pas moins ingénieux et moins fécond dans les formes de la supplication que dans celles de la flatterie ; mais, pour lui, demander c'est encore flatter : c< Un de ces jours, comme je priais Jupiter de m'envoyer quelques milliers de sesterces, le dieu me dit : « Celui-là » te les donnera, qui m'a bâti des temples. » Sans doute, il a bâti des temples à Jupiter, mais il ne m'a pas donné un seul millier de sesterces. Cependant, de quel air gracieux et bienveillant il avait lu ma prière î Tel il était, qu'and il eut la bonté de rendre aux Daces leur empire. Dis-moi, Pallas, vierge qui connais toutes les pensées de notre Jupiter, s'il refuse avec cette affabilité, comment donc accorde-t-il? Pallas me répondit : « Sot que tu es! ce qu'on