Non deerit pnpido, te veniente, aies. » (vin
» ne t'a pas encore donné, crois-tu qu'on te le refuse ^? » Le ton gaiement effronté de ce placet fait pardonner la demande. Voici une autre épigramme qui n'est guère moins spirituelle : « César, quand je dis que vous louez les petits vers de Martial, mes envieux répondent que ce n'est pas vrai. Vous continuez cependant, et même vous m'envoyez quelques présents : alors mes envieux se rongent les ongles. César, accablez-moi de vos dons, pour que j'aie le plaisir de voir mes ennemis crever de dépit- !»
Mais il est triste de voir ce pauvre Martial se résigner i\ l'affront d'un refus, et l'enregistrer avec une mélancolie résignée, prêt d'ailleurs à revenir à la charge, et à subir de nouvelles rebuffades : « Si^ dans une humble supplique, je vous demande quelqu(î chose. César, et si ma requête n'est pas inconvenante, daignez lui être favorable ; et, si vous refusez, laissez-moi cependant vous implorer encore ; les prières et l'encens n'ofTensent jamais Jupiter \ »
Qu'on nous pardonne ces pages trop longues sur un ennuyeux sujet. Mais il fallait bien montrer, par un exemple décisif, ce que le césarisme a pu quelquefois faire de la littérature. Sans doute un Martial serait impossible aujourd'hui. Il y a des écrivains plus pauvres que lui; il n'y en a pas un qui soit tout à fait sans dignité personnelle. On pourrait trouver des hommes aussi vaniteux que Domitien ; on n'en trouverait pas qui consentît à être loué comme le fut Domitien.
Dans le même milieu, entouré des mêmes succès, vivait un autre poète, dont le nom n'éveille pas, comme celui de Martial, des souvenirs d'abaissement moral. Stace a des goûts honnêtes, une vie pure, un foyer sans reproche ; l'idée ne viendrait à personne de le traiter comme un bouffon, et
1. VI, iO, Celle pièce porte un titre expressif : « Petit latenter a Domitiano pccuninm. » Cf. v, 10; vu, GO.
2. IV, 27. Voy. aussi la jolie épii,Mamine dû Martial (lomando ;\ l'empcriMir un lilet d'eau i)i»ur arroser sa petitt; villa, (ix, 19.)