‹ Les gens de lettres et leurs protecteurs à Rome [microform]Chapitre 190 sur 345 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

de le reléguer dans la valetaille des amuseurs. Et cependant, lui aussi, cet homme qu'on accueille dans les premières maisons de la ville comme un ami respecté, perd tout à coup le sentiment de la mesure et de la pudeur, dès qu'il parle de Domitien. Comment expliquer cette contradiction? Est-ce, comme on l'a dit, mauvais conseils de la misère ? Nous ne le croyons pas ; Stace, avec une raisonnable aisance, une vie régulière et des besoins modestes, n'a pas comm les angoisses du prodigue et imprévoyant Martial. Il serait peut-être plus simple de dire qu'il y a des temps où il est presque impossible, même à un homme d'honneur, d'approcher d'une cour avilie par une longue habitude de l'asservissement, sans en prendre l'esprit et le langage. Le malheur de Stace le conduisit très jeune à la cour des Césars. Il y fut retenu par la gloriole littéraire et par l'approbation du prince. Ses victoires aux jeux albains, remportées sous les yeux de l'empereur ^ achevèrent de le griser; il parla de Domitien comme en parlaient, comme devaient en parler tous ceux qui l'approchaient. Jl glissa ainsi jusqu'aux formules obligées de la plus plate adulation.

Faut-il, après les pages où nous avons raconté les flatteries de Martial, recommencer cette revue avec Stace? A quoi bon? Nous retrouverions les équivoques succès de Domitien transformés en magnifiques triomphes ; le Jupiter du palais serait encore préféré à celui de l'Olympe ; une silve sur la mort du lion de Domitien nous rappellerait dix pièces analogues de Martial. Stace n'a pas manqué à son tour de vanter les vertus et la clémence du prince! Il a même, pour son compte, rencontré un trait ingénieux qui a dû faire rire un peu Domitien ; il a dit gravement que le prince abolirait la mort, si cela était possible ! Stace aussi a chanté la statue colossale du prince, cette statue qui fait gémir la

Page 1