‹ Les gens de lettres et leurs protecteurs à Rome [microform]Chapitre 191 sur 345 · S//r.,in, :;, 2S sqq. Cf. v, 3, 227 sqq · texte numérisé non relu

S//r.,in, :;, 2S sqq. Cf. v, 3, 227 sqq

LlîS GENS DE LETTRES

terre, non sous la pesanteur du bronze, mais sous le poids du génie ' !

Un jour, Stace, le fils du grammairien de Naples, Stace, qui est si peu de chose dans la hiérarchie sociale, a reçu du palais une invitation à dîner. C'était un banquet d'apparat, où Ton avait déployé tout le luxe des grandes cérémonies officielles. Stace, perdu dans la foule des chevahers, des sénateurs, des généraux, des magistrats, resta là de longues heures, l'àme anéantie dans une religieuse admiration. A peine rentré chez lui, son esprit s'exalta sur ce qu'il venait de voir, et trouva ces belles choses, pour fixer le souvenir d'un jour impérissable : « Le festin de la reine de Sidun fut chanté par celui qui conduisit Énée dans les campagnes de Laurente; la table d'Alcinoûs a été décrite en vers immortels par le poète qui ramena Ulysse dans sa patrie à travers mille tempêtes. Et moi, que César, pour la première fois, vient de faire asseoir à sa table sacrée, quels accents inventera ma lyre pour suffire à ma reconnaissance? Non, quand Homère et Virgile mettraient sur mon front la couronne du poète, non jamais mon langage n'atteindra mon sujet. Il me semble que j'étais au milieu des astres, que j'avais pris place au banquet de Jupiter, et que Ganymède me tendait le breuvage immortel. Ah! jusqu'alors, je n'avais pas vécu, j'avais passé des années stériles ; ce jour est pour moi le premier, c'est le seuil de ma vie. Est-ce donc vous, maître du monde, père de l'univers, est-ce donc vous que j'ai vu de si près*? »

Martial, qui loue généreusement tous les écrivains de son temps, n'a guère omis que le nom de Stace. Cet oubli n'est pas sans doute involontaire ; on ne peut l'expliquer que par une mesquine jalousie de métier, par une pénible concurrence d'obséquiosité. Stace et Martial étaient, auprès

1. Sili\, I, 1 ; I, 6; II, 5; m, 4; iv, 3; etc. Cf. Theb., i, 17 sqq. ; xii, 814; AchilL, I, 14 sqq.

2. Silv., IV, 2. Cette pièce a soixante-sept vers; nnis n'en traduisons qu'une quinzaine; tout le rcite est dans le mémo ton.

deDomitien, les poètes attitrés, les flatteurs aimés; mais les bonnes grâces de l'empereur devaient aller de préférence à celui dont les vers avaient le mérite de l'à-propos \ Stace, improvisateur très facile, il nous l'apprend luimême', n'avait besoin que de quelques heures pour tourner une silve agréable ; il fallait plus de temps à Martial, qui limait ses pointes avec un art patient et laborieux. Il arrivait donc souvent trop tard dans cette espèce de concours ; de là, contre son rival, de la jalousie et du dépit. On peut croire aussi que la vie rangée de Stace causait des impatiences au bohème dont l'existence était si peu correcte. Martial prend vraisemblablement son rival à parti, dans ces épigrammes où il raille la description en trois cents vers des bains de Ponticus% et ces épopées immenses dont le texte érudit a besoin d'un commentaire \ A ces tomes pesants, il oppose la légèreté de son œuvre : c( Tu dis, Gaurus, que je suis un médiocre génie, parce que j'écris des choses qui plaisent par leur brièveté. D'accord ; à ce compte, toi qui racontes en vingt livres les combats de Priam, tu es un grand homme. Cependant, Gaurus, mon pauvre grand homme, tu fais un géant, mais c'est un géant d'argile'. » Stace n'avait pas précisément raconté les combats de Priam ; mais il avait commencé un poème sur Achille, et je ne doute pas que les contemporains n'aient très facilement reconnu Gaurus.

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