Philostr., Vit. Soph., ii
2. Suétone et Apulée écrivent à volonté en grec ou en latin. Nous avons des lettres de Fronton écrites en grec.
et d'artistes ; il fut pour eux le plus généreux et le plus désagréable des protecteurs. Il employa sa vie, tantôt à les rechercher, à les caresser, à les combler de grâces et de pensions; tantôt aies harceler, à se moquer d'eux, à les écarter avec mépris.
Hadrien était peut-être l'homme le plus cultivé de son empire. Esprit très ouvert et très souple, il avait touché à toute science humaine ; il se croyait géomètre, astronome, architecte, peintre, sculpteur, musicien; il prétendait avoir inventé un nouveau ct)llyre; assez fat d'ailleurs pour se permettre de donner des avis, même aux gens du métier. On trouvait bien frivole et bien ridicule, dans le chef de l'Etat, ce goût maladif des recherches les plus rares, cette prétention déjuger de tout, cette vanterie d'un savoir encyclopédique; on l'appelait Grœciilus. Hadrien cependant n'entendait guère raillerie là-dessus; il pardonna difficilement aux Syriens, race frondeuse et légère, de n'avoir pas pris au sérieux sa science et sa philosophie. Sesl(>ngues tournées à travers Tenqiire n'étaient pas seulement des voyages d'administrateur; il s'y mêlait toujours la curiosité de rérudit, qui veut écouter les maîtres en renom, se faire initier aux doctrines mystérieuses, voir de près des phénomènes extraordinaires, vérifier l'exactitude des descriptions qu'il a lues dans ses Hvres. En Egypte, il va faire son pèlerinage aux pyramides, et entre en confén^ice avec les savants du Musée ; en Asie, il visite les ruines de Troie; en Sicile, il fait l'ascension de l'Etna; en Grèce, il préside aux fêtes de Bacchus, et visite à Mantinée le tombeau d'Epam inondas.
La plupart des princes n'avaient été en littérature que des amateurs éclairés. Hadrien fut presque un auteur de profession. Il aimait les paperasses, et était surtout à son aise dans un cercle d'érudits, qu'il pouvait provoquer à la dispute, et agacer de questions, tout heureux s'il avait pu les mettre dans l'embarras, les réduire au silence^ et triompher de leur défaite. Il était jaloux de l'avantage de bien
écrire, comme de tout le reste, et mettait une sorte de coquetterie à polir les lettres qu'il adressait au sénat. Hadrien avait gardé, de sa première éducation, une façon de parler le latin un peu rustique ; ayant subi quelques railleries, il se piqua au jeu, travailla sa prononciation, et réussit à devenir un orateur élégant. Dion Cassius assure qu'Hadrien écrivit un grand nombre de livres, et sur toute sorte de sujets. On lui attribuait, entre autres ouvrages, un libelle contre les médecins, des recherches sur l'orthographe, des commentaires sur son règne ; cependant, comme le prince s'y louait lui-même m\ peu plus que de raison, il n'osa, malgré sa suffisance, braver les plaisanteries du public, et les fit paraître sous le nom de Phlégon, un de ses aifranchis.
La poésie fut encore une de ses occupations littéraires. Il faisait les vers grecs et latins avec aisance, quelquefois avec bonheur. Ceux qu'il adresse, quelques jours avant de mourir, (( ta sa petite àme mignonne et doucelette » sont jolis, quoique maniérés; sa réplique à Florus : Ego nolo Florus rssc, ne manque pas d'esprit. Les épigrammes insérées sous son nom dans YA}ifhoIo(jlc (jrccque sont un peu sèches, et il y en a une qui est absolument mauvaise. En somme, les vers d'Hadrien n'ajoutaient pas beaucoup à sa réputation ; le public se moqua même d'un poème bizarre, écrit selon la manière d'Antimaque, et si obscur qu'on n'y comprit à peu près rien'.
La c(>ur partageait naturellement les goûts du maître. Tout le monde y prétendait un peu au bel esprit et à la science; les dames même du palais, compagnes de l'impératrice, ou femmes des grands fonctionnaires, s'y mêlaient de littérature. On a trouvé, gravés sur la statue vocale de
1. Hadrien écrivit aussi des vers erotiques, des hymnes k la mémoire de Plûtine, etc. Voy., sur les vers d'Hadrien, sur ses ouvrages en prose, et sur ses goûts littéraires en général : Spart., Hadr., 1, 3, 6, 14-16, 20 et 23; Ml. Ver., 3; D. Cass., lxix, .3-5; A. Vict., Cœs., 14; Anth. gr., passim; Suidas; Apul., ApoL, 11; A.-Gell., xvi. 13; Epiph., de Metiis; Dositli., D. Hadr, Sent. ; etc.
Memnon, les vers de Balbilla, qui visita l'Egypte avec Sabine et Hadrien; elle a grand soin de nous avertir que ces vers ont été composés par elle, Jkilbilla, pour être sculptés dans le colosse de granit, et certifier en bonne forme que Memnon a salué trois fois de son murmure divin, dans une seule séance, Hadrien, le roi du monde : a Et il fut évident pour tous qu'Hadrien est aimé du ciel'. » iMais, un autre jour, Memnon fut moins docile ; on se fâche, on le menace, on le somme de parler, on lui dit que l'impératrice est courrourée ; il parle enfin, ne voulant pas attrister les illustres visiteurs, qui se sont dérangés pour l'entendre. Dans cette cour singulière, les puérilités se mêlent aux plus graves pensées. Après avoir écouté les suprêmes leçons du vieil Kpirtète-, après avoir donné audience à ces grands jurisconsultes qui préparaient la revision et l'unité des lois romaines, à J. Celsus, à Salvius .lulianus, l'auteur àeVÉcUt perpétuel, à Clémens, légat impérial enCilicie\ Hadrien prêtait l'oreille h de misérables charlatans littéraires. Mésomède, poète et musicien, fournisseur du palais, apportait l'éloge d'Antinous, et se faisait de son zèle une pension que Tlionnête Antonin diminua dans la suites Un obscur poète de province osait oiiVir à l'empereur, comme une chose rare et miraculeuse, un lotus rose, accompagné d'un petit morceau bien tourné, où il prouvait que le précieux lotus avait été certainement arrosé du sang de ce lion tué par Hadrien dans les déserts de l'Egypte. Cette flatterie si grossière fut cependant trouvée fort ingénieuse, et récompensée par un salaire'.
Hadrien s'occupa surtout des rhéteurs latins et des sophistes grecs. Ce dilettante, en effet, devait goûter un genre artificiel et savant, où tant de place était donnée au mérite