Plut., Cat
recommencer contre Rome une lutte sans espérance. Polybe ne put se résoudre à prendre les armes contre ce peuple romain qu'il avait appris à estimer, pour servir une cause, noble sans doute, mais soutenue sans prudence, sans esprit de suite, et par des espèces d'aventuriers politiques. Il quitta donc de nouveau la Grèce, et alla retrouver Scipion sous les murs de Carthage ; ses conseils ne furent pas inutiles pendant ce siège, où une grande cité se défendait avec une suprême énergie.
Mais il paraît que les fatigues et les dangers de cette guerre n'empêchaient pas Scipion de se réserver encore quelques heures pour des travaux d'un autre genre : « Il savait séparer les affaires par de savants loisirs, toujours entre le combat et l'étude, tantôt endurcissant son corps au milieu des périls, tantôt fortifiant son âme par la culture des lettres'. » N'allons pas nous représenter Scipion comme un cuistre qui pèse doctement des syllabes, tandis que ses soldats élèvent des digues, et creusent des fossés; mais il n'y a pas de pédantisme, le soir, après une journée laborieuse, consacrée aux travaux militaires, à causer avec Polybe et Pan^rtius des qualités de l'histoire, ou de la vraie destinée de l'homme.
Un historien de l'antiquité s'arrête à considérer la différence de Scipion et de Mummius% l'un épris de tous les arts nouveaux, l'autre si grossièrement ignorant qu'après avoir pillé les tableaux et les statues de Corinthe, il disait à ceux qu'il chargeait de les porter à Rome : « Prenez garde ! vous aurez à remplacer tout ce qui viendrait à se perdre par votre faute ! » Scipion et Mummius ! c'est la dernière rencontre sérieuse des deux esprits qui luttaient à Rome depuis un siècle : la Grèce, les arts et les lettres vont décidément l'emporter. Il n'y aura plus guère de Mummius ; c'est à peine si ^hi^toi^ft présentera encore un