Spart., lladr
sions, les rejetait dans le néant. Selon Spartien, c'était presque un titre à son aversion, que d'avoir été trop longtemps son ami'. Eudémon, associé à sa politique la plus secrète, fut disgracié, et mourut dans la misère ; Polvœnus et Marcellus, abandonnés à leur tour, se donnèrent la mort; Tatianus, Similis, Septicius Clarus, hommes du premier mérite, furent traités avec la même légèreté inconséquente et brutale.
On comprend à quoi pouvaient s'attendre de simples hommes de lettres'. Hadrien, il faut le répéter, les aimait; leur société lui était plus agréable que toute autre ^ Que fût devenu cet amateur, sans poètes, sans grammairiens et sans rhéteurs?Il en avait besoin pour exciter sa verve, lui donner la réplique, et faire briller son savoir et son esprit. Hadrien leur fit donc des avances, les honora, les enrichit, et donna même à ceux qui ne demandaient rien. Mais, avec son caractère inégal et fantasque, il fatiguait et humiliait quelquefois ceux qui l'approchaient de trop près; certains jours, sa familiarité devenait insolente, sa plaisanterie acérée, son ironie cruelle. 11 voulait alors avoir le dernier mot, et parlait en César ; c'est probablement après une de ces pénibles séances que le sophiste Favorinus disait : « Je ne veux pas avoir raison contre un homme qui a trente légions à son service. » Favorinus et l'empereur en arrivèrent à se dégoûter l'un de l'autre. Hadrien, sans aller jusqu'à la persécution ouverte, essaya de molester le rhéteur dans sa profession, et de lui enlever des élèves ; pour cela, il encourageait à lutter contre lui des gens d'une valeur médiocre, entre autres Héliodore, dont on disait : « Le prince peut bien l'enrichir, mais non faire de lui un orateur. » Héliodore, à son tour, après une extrême faveur, fut pris en aversion ; Hadrien s'abaissa
1. Ibid.^ 15 : « Vene cundos, vel amicissimos, postea ut hosiium loco habuit. )»
2. Il n'est pas impossible que l'exil de Juvénal soit dû à quelque cruelle fantaisie d'Hadrien.