‹ Les gens de lettres et leurs protecteurs à Rome [microform]Chapitre 205 sur 345 · Dig., L. XXVII, T. I · texte numérisé non relu

Dig., L. XXVII, T. I

travaillent minutieusement la parole, et non de ceux qui la vomissent ^ » Mais les plus habiles se faisaient un point d'honneur de parler d'abondance, sans aucune préparation, sur un sujet quelconque. Ils devaient toujours se tenir prêts à faire, au pied levé, l'éloge de la fièvre^ ou à conseiller aux Scythes civilisés d'abandonner leurs villes, et de reprendre la vie errante. Lucien met en scène un sophiste qui donne des avis à son élève : « Quand l'auditoire vous a proposé un sujet, dit-il, n'hésitez pas, parlez hardiment et sans vous interrompre ; dites tout ce qui vous vient à l'esprit ; il n'y a de mauvais que le silence ; vous pourrez même affecter d'être au-dessus du sujet et de le dédaigner, comme s'il était digne à peine d'un enfant". » Un malheureux sophiste perdit toute sa réputation, pour n'être plus en état d'exécuter ces voltiges de la parole ; un autre fit rire les Athéniens, en récitant comme improvisé un discours soigneusement composé d'avance.

Les sujets que la fantaisie d'un auditoire pouvait imposer au sophiste étaient presque infiniment variés ; mais on y retrouvait souvent le souvenir de ces temps héroïques dont vivait encore la vanité nationale des Grecs. Par une fiction puérile, mais touchante, on aimait à faire parler les grands hommes qui avaient repoussé l'étranger : « S 11 n'y avait point de Miltiade et de Cynégyre, disait Lucien, comment feraient nos rhéteurs, qui tirent de là leurs beaux effets ? Il faut avant tout du Marathon et du Cynégyre, sans lesquels rien ne va. » Polémon voyait un de ses pauvres confrères acheter sur la place des petits poissons salés : (( Comment, malheureux! lui dit-il, après avoir fait toimême ton marché, pourras-tu dignement représenter Xerxès et Darius ^? » Le marathoiiisme était si fort à la mode, que Scopéhen s'était fait, de ce genre patriotique, une spécialité ; c'est un article qui était toujours sûr d'un bon débit ;

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