‹ Les gens de lettres et leurs protecteurs à Rome [microform]Chapitre 207 sur 345 · Philostr., Vit. Soph., ii, 4; i · texte numérisé non relu

Philostr., Vit. Soph., ii, 4; i

4. Plut., De and., 1 et 15. Cf. Simplic, Comment., in c. xxxiii.

phistesun état d'esprit particulier, un souverain mépris des autres, une naïve adoration d'eux-mêmes, un orgueil qui ne leur permettait plus d'avoir la moindre idée de leur juste valeur. Lucien exagère à peine Tarrogance des sophistes, dans ce petit discours qu'il fait tenir au maître de rhétorique : « C'est sans doute, mon cher ami, le bruit de ma gloire qui vous amène vers moi ; ou bien c'est l'oracle d'Apollon qui vous envoie, car il m'a déclaré le premier des sophistes. Vous allez voir à quel iiomme divin vous avez affaire ; vous n'entendrez rien de semblable aux pauvretés de nos orateurs! » Un sophiste commençait hardiment son discours par l'éloge de sa propre sagesse. Un autre disait insolemment à l'empereur Antonin : a Mais, César, fais donc un peu attention à moi î » On citait, de Polémon surtout, des traits de fatuité incroyables : (c Vous avez la réputation, disait-il un jour aux Athéniens, de vous entendre en éloquence; je vais en faire l'épreuve! » Il se croyait au-dessus des cités, égal aux empereurs, à peine inférieur aux dieux. On raconte qu'il se fit descendre vivant dans son caveau funéraire, et que ses dernières paroles furent celles-ci : « Posez vite la pierre ; que le soleil ne voie pas un Polémon réduit au silence * ! »

La rhétorique valait aux déclamateurs de profession autre chose que des succès d'opinion. On l'a dit avec raison, les sophistes ont été les millionnaires du siècle des Antonins. Leurs leçons régulières et les séances d'apparat qu'ils offraient au grand public leur rapportaient d'énormes revenus. Ils recevaient aussi, de leurs admirateurs, de l'argent, des esclaves de prix, des meutes de chiens, des présents de toute sorte. Polémon ne voyageait qu'avec un immense train de maison; Hadrianus venait donner sa déclamation vêtu d'une robe splendide, chargé de pierres précieuses, et traîné par un équipage harnaché d'argent ^

1. Luc, Pr. lihet., 13; Philoslr., Vit. Soph., ii, 5; i, 25. Cf. Luc, Dem., 14; Apul., Flor.j 9 et 20; Eun., Liban.] etc.

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