Luc. Préec. Rhet
la brillante destinée des sophistes. Ont-ils mérité cette extraordinaire faveur? Il serait trop long de l'examiner ici. Mais il est au moins curieux de voir des hommes qui vivent presque toujours dans la fiction, qui reprennent d'éternels lieux communs, et des souvenirs patriotiques amortis par les siècles, rajeunir sans se lasser une pauvre matière, et séduire à ce point la foule et les connaisseurs, qu'ils passent pour les héritiers authentiques des grands, des vrais orateurs de la Grèce d'autrefois. Les empereurs suivirent comme les autres le courant de l'opinion. Hadrien, par sympathie pour ces virtuoses de la parole, Trajan, Antonin, Marc-Aurèle, Commode, Septime-Sévère, au moins par politique, les comblèrent d'égards, de distinctions et d'honneurs. Outre les preuves que nous avons déjà données de cette grande faveur, nous en trouverons d'autres dans la suite de ce chapitre.
Antonin n'apporta pas au pouvoir, comme Hadrien, la prétention à se mêler des petits détails de la vie littéraire. Ce n'était pas un savant, ni même, à proprement parler, un lettré. Capitolin le loue, mais sans conviction, dans les termes les plus vagues, a d'une éloquence claire et polie, et d'une remarquable culture », parce que cela était presque de rigueur dans la biographie d'un prince, et que Suétone n'avait jamais manqué d'insister sur cette sorte de renseignements. Mais ce jugement terne et banal laisse deviner l'embarras de l'historien. Encore, un peu plus loin, est-il contraint d'avouer que les discours d'Antonin ont peut-être été composés parmi autre, et que l'historien Marins Maximus ne se gênait pas pour se vanter de les avoir faits. .Elius Vérus, qu'Hadrien avait d'abord adopté, était certainement, malgré sa grande frivolité et son goût pour le plaisir, plus ouvert aux choses de l'esprit ^
Quoiqu'il en soit, Antonin ne ressembla presque en rien