‹ Les gens de lettres et leurs protecteurs à Rome [microform]Chapitre 213 sur 345 · Dig., L. XXVII, T. i, 6, § 7, 8, 9, 10 et · texte numérisé non relu

Dig., L. XXVII, T. i, 6, § 7, 8, 9, 10 et

5. Capit., Ant. PhiL, 2 et 3; L. Ver., 2; M.-Aur., i, 6-13. Cf. Capit., Ant. Plus, 10. — On voit par Aulu-Gelle [\ix, 13) que le célèbre grammairien Sulpicius Apollinaris paraissait aussi à la cour; il en était de même probablement de ces nombreux érudits que nomme Fronton dans sa correspondance. (Voy. surtout ad Amie, \. \, passif n.)

Nous retrouverons quelques-uns d'entre eux, les philosophes surtout, jouissant auprès de Marc-Aurèle, empereur, d'une immense faveur ; mais la singulière affection de leurs élèves, et les marques de confiance qu'ils leur donnaient à l'envi suffisaient déjà à leur assurer, sous Antonin, une grande situation.

Au-dessus de ces hommes de mérite, aujourd'hui presque tous obscurs, dominent les deux plus célèbres rhéteurs du second siècle. Ilérode Atticus est venu d'Athènes enseigner l'éloquence grecque à Yérus et à Marc-Aurèle ; Cornélius Fronton, né en Afrique, mais qui habite Rome depuis longtemps, leur enseigne l'éloquence latine ^ Fronton n'a pas, à beaucoup près, les millions d'Hérode ; il est riche cependant, et possède les fameux jardins de Mécène. Fronton passe d'ailleurs pour le premier avocat du barreau de Rome; il a été questeur de la province de Sicile, édile, préteur; Antonin l'a fait consul, et sa mauvaise santé l'a seule empêché d'exercer le proconsulat d'Asie. Il a marié sa fille Gratia, seule survivante d'une nombreuse famille, à Aufidius Victorinus, préfet de Rome, deux fois consul". Il donne le ton à la littérature, et gouverne en quelque sorte l'éloquence de son siècle. Il vit entouré d'écrivains, d'orateurs, d'artistes, de nobles personnages, qui le recherchent à la fois pour l'agrément de sa conversation et l'étendue de son crédit, car il n'y a pas de recommandation plus efficace que la sienne. Si la mort de ses enfants et une déplorable santé n'assombrissaient pas l'existence de Fronton, ce serait le plus heureux de tous les hommes.

Il est digne, d'ailleurs, de cette haute fortune, par la droiture de son caractère et la dignité sans tache de sa vie. Fronton peut se rendre le témoignage qu'on ne trouvera, dans sa longue carrière, aucun acte dont il soit obligé de rougir; il n'a payé ses dignités d'aucune lâcheté, d'aucune

1. Capit., Ant. Phil., 2; L. Ver., 2; Eutr., Epit., viii, 12; Orelli, 1176.

2. Orelli, loc. cit. Cf. Capit., Ant. Phil., 3; D. Cass., l.xxii, 11; Front., ad Amie, i, 3, 7, 12-14; ii, 10, et passim.

compromission, d'aucune flatterie déshonorante. Il a su entendre la vérité, il a su la dire aussi, même aux puissances ^ Il n'a pas confondu, comme le vulgaire des courtisans, la disgrâce avec le crime ; quand son ami Niger Censorius eut perdu la faveur d'Antonin, Fronton osa ouvertement lui rester fidèle ; il écrivit à l'empereur : « Personne, je pense, ne dira que je devais abandonner Niger, à la nouvelle qu'il était disgracié ; je n'ai jamais été dans la disposition de renier, au moment du malheur^ les amitiés formées en des temps plus prospères*. » Avec cette hauteur d'Ame, Fronton avait mille qualités aimables et solides : un désintéressement qui lui faisait souvent préférer l'avantage des autres au sien, une obligeance qui ne se lassait pas des ingratitudes et des mécomptes, une exquise bonté de cœur, dont l'expression est cependant un peu affectée, parce qu'elle passe par les lèvres du rhéteur; ami agréable et sûr, grand-père souriant, maître adoré de ses élèves.

Ilérode Atticus, au contraire, n'était pas d'un commerce commode. Il passait pour un homme entier, dur, emporté, inégal, extrême en tout ; ses bizarreries faisaient dire à Démonax : « Platon a raison de soutenir que nous avons plus d'une âme ; car ce n'est pas la même qui, dans Ilérode, fait tant de folies, et prononce de si belles déclamations. » On l'accusait, à tort ou à raison, d'avoir fait châtier sa femme Régilla, pour une faute légère, par la main d'un misérable affranchi. Ilérode eut avec les Athéniens de graves démêlés, où une bonne partie des torts était de son côté. Marc- Aurèle souffrit probablement quelquefois de la mauvaise humeur de son maître ; on peut remarquer qu'il ne lui consacre aucun souvenir dans la pieuse revue de ses principaux précepteurs, qui ouvre le livre de ses Pensées, Ilérode avait un fils qui lui donna beaucoup d'ennuis ;

c'était un pauvre garçon indocile, lourd, sans mémoire. S'il faut croire le récit un peu suspect de Philostrate, on lui apprit difficilement à lire ; son père, pour en venir à bout, le fit élever avec vingt-quatre enfants, dont chacun portait le nom d'une lettre de Talphabet*.

Le brillant rhéteur, le roi des sophistes, blessé dans sa vanité paternelle, prit ce malheureux en aversion. Cette désaffection fut aggravée plus tard par une affaire d'intérêt, sur laquelle nous n'avons d'ailleurs que des renseignements confus. De là un procès, où Fronton avait accepté de parler pour le fds. Voilà donc les deux professeurs de Vérus et de Marc-Aurèle engagés l'un contre l'autre dans une lutte pénible ; les amateurs de scandales attendaient l'appel de la cause avec impatience. L'audience approchait; Fronton, paraît-il, préparait un plaidoyer où il allait dire à Ilérode Atticus les vérités les plus dures. Tout cela déplaisait fort à Marc-Aurèle, qui pardonnait, avec son indulgence ordinaire, les défauts d'IIérode, et qui chérissait Fronton comme le plus tendre des amis.

Il essaya d'amortir le choc, de s'interposer entre ses maîtres, et d'obtenir au moins de Fronton qu'il se contenterait d'exposer les faits de la cause, sans accabler son adversaire. Marc-Aurèle écrivit donc à Fronton : a Vous m'avez souvent dit que vous cherchiez ce qui pourrait m'être le plus agréable. L'occasion se présente. Bien des gens attendent votre discours avec un malin plaisir, et se préparent à jouir de votre indignation. Vous allez peut-être me regarder comme un enfant bien hardi, ou comme un conseiller téméraire, trop bienveillant pour Ilérode ; mais je n'en dirai pas moins ce qui me semble convenable. Il sera beau de ne pas répondre, même provoqué. Si c'est lui qui commence l'attaque, on vous pardonnera, sans doute, d'avoir riposté ; mais j'ai prié Ilérode de ne pas prendre l'offensive, et j'espère Tavoir obtenu. » Il n'y a rien, à notre avis, dans toute la corres-

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