Ad Ant. Vium
1. Philostr., VU, Sopk.^ ii, 1; Luc, Dem.^ 33. Cf. I^id., 24 et 25,
pondance de Fronton, de plus beau que sa réponse à Marc- Aurèle : « Ne parlez pas de conseiller téméraire et d^enfant hardi; c'est votre conseil qui est d'un \ieilkird à cheveux blancs, et c'est le mien qui était celui d'un enfant. En effet, pourquoi nous donner en spectacle à la foule moqueuse? Si Hérode est homme de bien, il fiiut le ménager; s'il ne l'est pas, la lutte n'est plus égale entre lui et moi'. » Le discours fut prononcé, mais avec des adoucissements. Du reste, les deux rhéteurs, grâce aux bons offices de Marc- Aurèle, finirent par se réconcilier, et vécurent en assez
bons termes.
Marc-Aurèle, arrivé à l'empire, retrouva un jour Ilérode Atticus dans des circonstances douloureuses. Le sophiste, sa mission achevée, était revenu à Athènes, plus puissant et plus impérieux que jamais. Il abusa de l'autorité quasi royale dont il était revêtu, ou du moins il laissa ses affranchis en abuser sous son nom. Un jour, en Pannonie, en plein pays barbare, l'empereur vit entrer dans son camp une députation d'Athéniens, venus pour se plaindre des vexations et des insolences d'Hérode; celui-ci était avec ses accusateurs, réduit cette fois à parler pour se défendre. Il le prit d'ailleurs de très haut, dans son apologie, mais son administration était réellement mauvaise, car l'excellent prince versa des larmes sur le sort des Athéniens. Quelques-unes des créatures d'IIérodc furent punies ; Marc-Aurèle n'eut pas le courage de frapper son ancien maître, qui peut-être se mêla moins de gouvernement, mais vécut tranquille et honoré dans son palais de Marathon ^
^1 c-Aurèle aima Ilérode Atticus par conscience, en quelque sorte, et parce qu'il se croyait tenu d'aimer tous ceux qui lui avaient fait quelque bien ; mais il ne lui donna pas son cœur. Son affection pour Fronton est autrement profonde ; rien de curieux et de touchant comme ce com-
!. Front., Ad M.-Aur. Cxs., m, 2 et 3. Cf. 4 et 5. 2. PliUostr., Sop/i., II, 1.
merce intime, cette famiharité complète entre le rhéteur bel esprit et l'âme la plus ingénument honnête des temps antiques. La découverte de la correspondance de Fronton a été un désenchantement pour ceux qui l'avaient admiré jusquelà de confiance, sur la réputation que les anciens lui avaient faite*. Au lieu du grand écrivain attendu, espéré, on ne trouva qu'un sophiste tourmenté, qui développe les idées les plus simples avec le luxe d'une pénible érudition, un archéologue, dont l'admiration ne descend pas au-dessous du siècle de Cicéron.
Mais, en revanche, quels aperçus déhcieux sur l'intérieur de la famille impériale, et sur la belle et pure jeunesse de Marc-Aurèle! Ce n'est pas que, même dans les lettres de Marcus César, on ne soit à chaque instant déconcerté par des niaiseries d'enfant, des fadeurs de style, des flatteries bizarres. Il écrira, par exemple,, à Fronton, après avoir lu son panégyrique d'Antonin : « Je n'ai pas trouvé Caton plus admirable dans Finvective que toi dans l'éloge. Je n'ai jamais rien lu de plus orné, de plus antique, de plus soigné, de plus latin. 0 l'argumentation! ô l'ordonnance! ô l'élégance! ô la grâce! ô la beauté! ô la force! ô toutes choses! Si je pouvais donc, à chaque article de ton discours, te baiser à mon aise * ! » Évidemment la rhétorique de Fronton a passé par là.
Pour goûter le charme de cette correspondance, il faut oublier que les procédés les plus détestables de l'école en ont gâté la forme. Aussi, les lettres les plus agréables de Marc-Aurèle sont-elles précisément celles où le jeune prince ne récite plus une leçon, mais se borne à décrire, à raconter, à babiller au hasard, à rendre compte d'une de ses journées de Lorium : « Bonjour, maître chéri. Nous sommes ici tous en bonne santé. J'ai étudié depuis la
1. Eumène, par exemple, disait de lui, en le comparant à Cicéron : « Romanae eloquenliœ non seciindum, sed alterum decus. » {Panegyr. Constant.^ 14.)