Front., Ad M,'Aur. Cœs.^ ii
neuvième heure de la nuit jusqu'à la seconde du jour. De la seconde à la troisième, j'ai fait une délicieuse promenade devant ma chambre, les pieds nus. Ensuite, je me suis chaussé, j'ai pris ma saie, et je suis allé donner le salut du matin à mon seigneur * . Nous sommes partis pour la chasse ; il paraît que nous avons accompli de grands exploits et tué des sangliers, mais je n'en ai point vu. Après midi, nous sommes rentrés au logis, et moi je suis revenu à mes livres. J'ai lu le discours de Caton sur les biens de Dulcia, et celui oii il assigne un tribun. Sans doute, vous allez dire tout de suite à votre esclave : « Cours vite à la bibliothèque d'Apol- » Ion, et tu m'en rapporteras ces discours. » Ce serait peine perdue, car ce sont justement les deux exemplaires de cette bibliothèque que j'ai apportés ici. Mais il vous reste encore la ressource de séduire le biljliuthécaire de la Tibé- Tienne. Après avoir lu et relu notre Caton, j'ai écrit des vers, — ne me grondez pas trop, — aux Nymphes et au Vésuve, pendant que j'entendais, de chez moi, les refrains des chasseurs et des vendangeurs... Je crois que j'ai pris un peu froid ; serait-ce pour avoir écrit de méchants vers, ou pour m'otre promené, ce matin, les pieds tout nus'? »
Nous avons dit que Fronton avait une très mauvaise santé. Il s'en plaint souvent à Marc-Aurèle ; celui-ci est tout bouleversé de ces tristes nouvelles; il se hâte d'écrire à son maître, pour le consoler et le distraire : « Je vois bien, par le ton enjoué de votre lettre, que vous faites ce que vous pouvez pour m'oter toute inquiétude ; mais vos douleurs sont pour moi la plus pénible des épreuves : vite, faites-moi savoir comment vous allez. Dieux bons î rendez la santé à mon Fronton, de tous les hommes le plus cher à mon ame\ » Le prince et le rhéteur sont constamment occupés l'un de l'autre; quelquefois même leur affection prend un tour si dramatique, un accent si extraordinaire, qu'on
i. Il s'agit d'Antoiiin.