Ad M.-Aiir. des.^ iv
3. Ibid., I, 4. — Voy. surtout le livre V» de leur correspondance.
pourrait d'abord se méprendre sur le caractère de cette amitié, où il y a comme des ressouvenirs de Phèdre et du Banquet'. Mais une lecture complète et attentive de leur correspondance ne laisse pas l'ombre d'un soupçon sur la pureté de leur mutuelle tendresse.
Quand Marc-Aurèle est devenu le maître du monde, rien ne semble changé entre le précepteur et l'élève. Ni les soucis d'une immense administration, ni les calamités inouïes de ce règne, ni la gravité mélancolique du stoïcien qui garde par devoir le poste que la Providence lui a confié, n'ont touché à l'exquise bonté de Marc-Aurèle. Fronton reste toujours pour lui ce le cher maître », et, quand celui-ci a vu mourir son petit-fils, le philosophe impeccable avoue sans embarras que son âme a été troublée par cet affreux malheur^ Laissons Fronton nous dire le dernier mot sur cette longue amitié, qui fut la récompense de l'honnête rhéteur : (c Vous le savez, Antonin Auguste, je n'ai jamais rien eu de plus doux que votre commerce ; je voudrais en jouir encore le plus longtemps possible. Mais, pour le reste, j'ai assez vécu; car je laisse en vous un prince aussi juste et aussi parfait que je l'ai espéré, aussi tendre pour moi que j'ai pu
le désirer \ »
Marc-Aurèle apporta cependant à Fronton un des grands chagrins de sa vie, le jour où il fit enfin comprendre à son maître que la philosophie lui paraissait une chose plus sérieuse que la rhétorique. Amoureux de son art, convaincu que l'éloquence est la plus belle des choses, Fronton n\admettait pas le partage. La philosophie n'obtient de lui guère autre chose que des sarcasmes : a Les hommes étonnants, que ces stoïciens, avec leur taureau de Phalaris! Pour moi, je l'avoue, je ne serais pas de force à écrire là-dedans une épigramme ou un exorde! » A ses yeux, les plus hauts problèmes de la métaphysique ne sont