Ad Marc. Ant. Aug., i
que matière à vaines dissertations. Chrysippe lui est suspect; il a les philosophes en déliance, et craint, pour ceux qui les fréquentent, des conseils pervers*. Or Marc- Aurèie, élevé avec tant de soin dans les bonnes études, lui échappait un peu tous les jours, et se tournait vers d'autres goûts.
On voit, dans quelques lettres de Marc-Aurèle, le prince hésiter entre la rhétorique et la philosophie ; mais il n'est pas difficile de prévoir à qui restera le dernier mot : « Je suis fort ennuyé, écrit-il à son précepteur', et je vais vous en dire franchement la cause. Je n'ai pas touché du bout du doigt au sujet que vous m'avez donné à traiter; et cependant j'ai du loisir de reste. Mais le livre d'Ariston' me tient tout entier en ce moment. Il me plaît, et il m'irrite : il me plaît, en m'apprenant la vertu; il m'irrite en me faisant voir à quelle distance j'en suis encore. Alors votre élève se prend à rougir; il se fâche contre lui-même, parce que, âgé de vingt-cinq ans, il n'a encore retiré aucun bénéfice de ces sages pensées, et de ces hautes maximes. Je suis triste, jaloux de ceux qui valent mieux que moi, je perds l'appétit. Voilà pourquoi, dans mon chagrin, je remets tous les jours à écrire. Mais je me souviens qu'un orateur athénien disait au peuple qu'on peut quelquefois laisser dormir les lois. Laissons donc dormir Ariston, et revenons à votre poète et à ses histrions \ »
Fronton avait contre lui une doctrine, un livre et un homme : la philosophie stoïcienne, les Entretiens d'Épictète, et Junius Rusticus. Cependant il défendait le terrain pied à pied : « Je vois bien, disait-il à Marc-Aurèle, que vous abandonnez l'éloquence pour la philosophie. Rappelez-vous ce temps, où votre bonheur était de noter des
1. De Sep. am., 2;Ep. ad Amie, i, 14 et lo; De Fer. ah., 3. Cf. ad Marc- Aur. Cae.v.,iv, 12; etc.