‹ Les gens de lettres et leurs protecteurs à Rome [microform]Chapitre 219 sur 345 · M.-Aur., I · texte numérisé non relu

M.-Aur., I

qui ont une doctrine, des procédés, un auditoire parfaitement distincts. Taurus reprochait à un jeune homme d'avoir quitté le parti de la rhétorique, pour embrasser celui de la philosophie. En sa qualité de philosophe, il pouvait se réjouir de cette recrue; mais, en galant homme, il blâmait cette conduite comme une espèce de trahison*. Les lois qui organisent une instruction d'Etat ne confondent pas la chaire du sophiste ou du rhéteur avec celle du philosophe. Le rhéteur se moque assez volontiers du philosophe, de son costume ridicule, de sa longue barbe, de ses raisonnements hérissés, de l'appareil rébarbatif de sa méthode ; les inépuisables railleries de Lucien contre les philosophes sont peut-être, avant tout, la vengeance d'un sophiste contre un enseignement rival. On connaît le mot spirituel d'IIérode Atticus, à qui un mendiant couvert du manteau, la barbe descendant jusqu'à la ceinture, demandait une aumône, sous prétexte qu'il était philosophe : « Je vois bien la barbe, dit Ilérode, je ne vois pas encore le philosophe -. » Mais le philosophe, à son tour, ne cache pas son dédain pour la frivolité du rhéteur. Il oppose l'utilité pratique de sa morale, à lui, à ces périodes sonores, dont il ne reste que le fracas d'applaudissements stériles ; Plutarque compare le sophiste à une guêpe, qui fait beaucoup de bruit, et bourdonne sans amasser de mieP.

Passer de la sophistique à la philosophie, c'était se convertir, abandonner, avec l'amour de la phrase, le goût de la mondanité, du luxe et du plaisir, pour des pensées sérieuses et une vie plus austère. On voyait aussi des conversions à rebours ; quelquefois les faciles séductions de la vie de sophiste triomphaient d'une âme mal affermie dans la philosophie. Aristoclès, dans la ferveur et la générosité de la jeunesse, avait livré son âme, candide encore, à la discipline de l'école du Lycée. Malheureu-

Page 1