‹ Les gens de lettres et leurs protecteurs à Rome [microform]Chapitre 221 sur 345 · Sophiste et philosophe, » dit avec raison Suidas · texte numérisé non relu

Sophiste et philosophe, » dit avec raison Suidas

4. Philôstr., Vit. Soph., i, 20; i, 8; ii, 11; A.-Gell., i, 10; ".^26[ jn, *»•

ui, pai et Soph., Them.),

4. Philoslr., vit. i^opn.^ i, zu; i, o; ii, ii; /v.-ueu., i, i", -. --;> •■■■> -» , 19; IV, 1; etc.— Il en est de même dans les siècles suivants. Themistius, l'r exemple, est appelé à la fois sophiste et philosophe (Euoap., Vil. PhiL

et la philosophie vivent ensemble dans les meilleurs termes. Pour résumer, la philosophie et la rhétorique étaient quelquefois ennemies; mais, en général, elles s'entendaient assez bien, et ne pouvaient guère se passer complètement l'une de Tautre.

La rhétorique avait dominé sous les premiers Antonins; au commencement du second siècle, il n'y a pas de nom qu'on puisse mettre en parallèle, pour la renommée et l'influence, avec ceux de Scopélianus, de Polémon, d*Hadrianus, de Fronton et d'IIérode. Marc-Aurèle continua aux sophistes la protection de ses prédécesseurs ; il n'y avait pas moyen de négliger des personnages aussi remuants, et qui tenaient d'ailleurs dans leur main une partie de la jeunesse de Tempire. Des rhéteurs nouveaux parurent, bien accueillis à leur tour, entre autres Pollux, précepteur de Commode, et .Elius Aristide, que l'empereur entendit à Smyrne^

Cependant il était facile de voir que la principale influence avait passé du côté des philosophes. On dit que Marc-Aurèle répétait souvent cette parole de Platon : « Les États seraient prospères, si les rois philosophaient, ou si les philosophes régnaient*.» Le gouvernement des hommes par les philosophes fut, pour la première fois, un fait social et politique; la philosophie était sur le trône, et autour du trône, dans les conseils du prince. L'empire en fut-il plus heureux? C'est ce qu'il n'est pas facile de dire; cependant nous ne le croyons pas. Sans doute les guerres extérieures, les pestes, les famines, les inondations qui désolèrent ce règne n'étaient pas la faute de la philosophie. Mais elle était un peu responsable de cette bonté du prince, molle, indulgente, toujours prête au pardon, qui tolérait les abus, pour s'épargner le chagrin d'en frapper les auteurs. c( Marcus est un excellent homme, » disait Avidius

!. IMiilostr., Vit. Soph., ii, 9 et 12. — Parmi les discours d'Aristide, ou trouve un panégyrique de Marc-Aurèle {Orat., ix). 2. Capit., Ant. PhiL, 27.

Cassius en levant les armes contre lui, « mais il philosophe trop ; tandis qu'il disserte sur la clémence, sur l'ame et sur le juste, il ne s'occupe pas des affaires publiques \ » Quand on avertit Marc-Aurèle de la dangereuse entreprise de Cassius, il se contenta de dire : « Si les dieux ne veulent pas que Cassius règne, son dessein ne réussira pas ; s'il est plus digne de l'empire que mes enfants, que mes enfants périssent donc. » On trouve cette parole admirable ; mot de philosophe, — et encore ! Mais ce n'est pas avec ce fatalisme résigné qu'on gouverne un empire. Nous n'aimons guère à voir un prince prêcher son peuple, pendant trois jours, sur les devoirs de la vie. Sans doute ce bon père, qui ouvrait son ûme à ses enfants, fut écouté avec le plus profond respect. L'histoire le dit, ou doit le dire ; mais il faudrait peu connaître les hommes pour douter un instant que ce touchant tableau de famille amusât la malignité publique, tout en édifiant quelques bonnes âmes.

Ce n'est pas pourtant que Marc-Aurèle fût de tout point un esprit chimérique. Philosophe armé du souverain pouvoir, il ne pensait pas à créer la cité idéale^ où les beaux rêves des sages auraient passé dans les lois : « Ce sont de médiocres politiques, disait-il, de pauvres enfants, ceux qui veulent régler les affaires d'après les maximes des philosophes ; il suffît d'accomplir ce que réclame le moment. N'espère pas que la RépubUque de Platon soit jamais fondée. Contente-toi d'améliorer un peu les choses, et ne compte pas pour rien les petits progrès. Peux-tu, en effet, te flatter de changer les idées et l'opinion des hommes? Et, si tu ne les changes pas, tu n'auras que des hypocrites, ou des esclaves qui obéiront malgré eux^ »

Voilà enfin des paroles dignes d'un roi qui sait son métier; il serait injuste de prétendre qu'elles n'étaient pas

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