M.-Aur., H
la règle ordinaire de Marc-Aurèle; il savait, selon la subtile expression de Sénèque, « vivre comme tout le monde, en vivant mieux*»; malgré ses répugnances, il assistait aux jeux du cirque, par condescendance pour le peuple, et par bonne politique. Nous n'en ferons donc pas un rêveur, un métaphysicien, qui traite les hommes comme des formules abstraites. Mais, sans aller jusque-là, nous croyons qu'il y a encore trop du philosophe dans le prince. Avec ses admirables vertus, Marc-Aurèle n'a pas été, selon nous, un empereur complet. A ce saint du paganisme, nous préférons un Hadrien fantasque, désagréable, médiocrement moral, à peu près pour la même raison que nous préférons un Louis XI à un Louis XYL
Marc-Aurèle avait ouvert de très bonne heure son âme à la philosophie. Tout enfant, on le voyait déjà réservé, sage, réfléchi, d'une gravité au-dessus de son âge. Il prit, à douze ans, rhabit des stoïciens, et coucha sur la dure ; sa mère put à peine obtenir quelques adoucissements aux excès d'un ascétisme qui effrayait sa tendresse. Ses nombreux maîtres de philosophie, Basilide, Sextus de Chéronée, le platonicien Alexandre, les stoïciens Cinna Catullus, Claudius Maximus, Nicomède, Apollonius de Chalcis, l'entourèrent de tous côtés d'influences morales. Junius Rusticus prit sur lui une influence décisive; il apporta un jour au jeune Marc- Aurèle les Entretiens d'Épictète ; il lui apprenait à être simple et naturel dans ses discours et dans toute sa conduite. Claudius Sévérus lui lit connaître Caton, Brutus, Thraséas, Ilelvidius Priscus. Marc-Aurèle remarquait avec soin qu'Apollonius, dans son enseignement, ne laissait jamais percer la plus légère impatience ; chacun de ses maîtres était pour lui l'occasion ou le modèle d'une leçon morale particulière, qu'il a plus tard notée avec une pieuse reconnaissance*. Marc-Aurèle écoutait docilement
{. Ep. ad Luc il., 5.