M.-Aur., I, 6 sqq. Cf. Capit., Anton, PhiL
ses précepteurs et les aimait de tout son cœur; un de ses maîtres étant mort, le jeune homme le pleura au point de scandaliser l'entourage d'Antonin. Plus tard, il fit placer leur image dans son oratoire, et prit soin que leur tombeau fut décemment entretenu.
Si l'adoption d'Antonin ne l'eût appelé à l'empire, il est probable que Marc-Aurèle serait devenu un philosophe de profession; comme tant d'autres, il aurait passé sa vie à prêcher les hommes, et à essayer de les convertir. Il fut du moins philosophe dans la mesure où les circonstances le permirent; il porta dans les affaires et dans la vie des camps les habitudes d'un stoïcien recueiUi, notant ses pensées les plus secrètes, et tirant toujours un profit moral de l'observation des hommes et des choses. Si Marc-Aurèle se plaignait à Fronton de n'avoir fait encore aucun progrès sérieux dans la sagesse et dans la vraie raison*, ne voyons là que le scrupule d'une âme exigeante pour elle-même, et toujours loin, à son gré, de l'idéal de perfection qu'elle a rêvé. En tous cas, lorsqu'il prit possession de l'empire, à l'âge de quarante ans, il était gagné complètement à la philosophie, et il avait secoué le culte des mots, où son affection pour Fronton l'avait quelque temps à demi retenu. Les uns par dérision, les autres par respect, l'appelaient le philosophe; Athénagore dédiait son Apologie a à Marc-Antonin, Auguste, vainqueur des Marcomans et des Sarmates, et, ce qui est mieux, philosophe. » Il parut en Egypte avec le manteau, et s'y conduisit en stoïcien autant qu'en César \ On raconte que Lucius le rencontra un jour qui allait écouter une leçon du philosophe Sextus : « Ohl le beau spectacle, dit-il, de voir un empereur romain s'acheminant à récole, ses tablettes suspendues à l'épaule, comme un petit garçon^!» Cette anecdote n'est peut-être pas vraie; mais, fùt-elle fausse, elle prouverait encore à quel point
1. Front., Ep. ad M.-Aiir. Css.^ iv, 13. — Voy. plus haut, p. 296.