Eumène, Pro Schol., M sqq
Claudien, de la verve et du mouvement. Nous retrouvons enfin des hommes qui s'élèvent au-dessus des horizons étroits de la poésie didactique, qui s'animent au souffle des événements contemporains, qui ont chanté leur temps leurs dernières espérances et leurs dernières illusions^ >i Nous essaierons de raconter ici l'histoire d'Ausone et de Claudien ; ce sont des épisodes assez curieux de la vie littéraire à la cour, vers la fin de l'empire.
Pendant trente ans, Ausone professa la grammaire et la rhétorique à Bordeaux, avec un éclat et un succès que sa vanité de (iascon ne nous laisse pas ignorer-^; rien cependant ne faisait prévoir les fiiveurs tardives de la cour (I ne semblait pas d'aifleurs avoir été fait pour le métier de poète courtisan ; la vie pure et calme du fover, l'éducation de ses enfants, le commerce de ses amis, les livres la campagne, une jolie retraite pendant les vacances, suffisaient à son bonheur. Aussi, une fois débarrassé de sa ^ervitude, avec quelle joie, laissant Trêves et ses plaisirs apprêtes, il ira retrouver « le nid de sa vieillesse =^ » !
Mais rhéteurs et poètes appartenaient, pour ainsi dire au pouvoir, et, quand le prince daignait appeler auprès de lui un des professeurs des écoles pubhques, on était trop fier d échanger son obscur bonheur contre la pompeuse domesticité du palais, et on accourait avec empressement On devenait l'homme de la cour, et surtout de l'empereur régnant; on chantait avec le même zèle, et presque sur le même ton, les grands exploits et les petits événements un cerf tue à la chasse, et les Germains vaincus par Valentinien. Telle fut la fortune d'Ausone.
La réputation du rhéteur bordelais arriva jusqu'à Valentmien I-, homme né pour régner en des temps plus prospères, et dont la main ferme contint quelque temps les barbares qui se pressaient aux barrières du nord; il voulut
i. Emprunté à notre Ilist. de la lUte:r. lat p 3>o 2. A us., Piwfatiunc, ii. ' »- - •
;J. MosoUa, 449.
donner pour maître h son fils Gralien le plus fameux des professeurs de l'empire. Ausone vint donc de Bordeaux à Trêves, laissant derrière lui sans doute bien des jalousies. On sait qu'il exerça une heureuse intluence sur Tesprit de Gratien, qu'il gagna son alTection, et qu'il resta toujours son ami et un peu son conseiller. Malheureusement ces honorables fonctions de précepteur déguisaient à peine un autre emploi; Ausone appartenait moins à son élève qu'à Tempereur et à son entourage. Il devenait le poète ordinaire de cette cour de Trêves, qui s'essayait à cultiver les lettres à quelques pas des barbares.
Trêves était, à la lin du quatrième siècle, une ville fort curieuse, mêlée pittoresque de Germains à peuie civilisés, de Gaulois et de Romains, de fonctionnaires, d'avocats et de professeurs, de négociants et de soldats; elle était le lien militaire, politique, administratif et commercial des deux rives du Rhin. Sa grande importance avait commencé, au siècle précédent, avec le séjour de quelques empereurs, qui s'étaient établis dans ce poste avancé, pour surveiller de plus près les Alamans. Maximien Hercule et Constance-Chlore y résidèrent ; Constantin y épousa la fille de Maximien ; c'est là que furent prononcés plusieurs panégyriques.
Trêves, la seconde capitale de rOccident, était même un centre de culture savante. Ses écoles avaient acquis de la célébrité; le fameux rescrit du 23 mai 370, qui lixe les honoraires des maîtres de rhétorique et de grammaire, disthigue Trêves de toutes les autres villes de l'empire, et fait à ses professeurs des avantages spéciaux : on donnera trente annonrs au rhéteur, vingt au grammairien latin, et douze au grammairien grec, s'il est possible d'en trouver un qui soit capable \ Saint Jérôme fut probablement attiré à Trêves par les ressources scientiliques de cette ville, et surtout par ses bibliothèques; et, en effet, il y copia de