Aus., Ep., XVI el xvii. Cf. Symoi., Ep., i
se redresse dans sa dignité de précepteur d'un prince, en écrivant à un riche poète campagnard, qu'il avait laissé sur les bords de la Garonne \ Si quelque alerte soudaine, chose fréquente alors, un mouvement des Goths, des Suèves ou des Alamans appelait l'armée au delà du Rhin, Gratien, encore enfant, allait avec son père apprendre le métier des armes ; c'était, pour le précepteur, de vraies parties de plaisir, que ces courses rapides dans des pays nouveaux. 11 chantait les succès du jour ; ou bien, confortablement installé sous sa tente, il écrivait de verve, après boire, une de ces fantaisies qui lui coûtaient si peu'.
Dans cet emploi de poète gagé, nécessaire à la vanité ou aux plaisirs du prince, il y avait pourtant des ennuis à subir, et il fallait céder à d'étranges caprices. Ausone fut un jour dans un grand embarras. Le centon était alors à la mode, et les habiles s'ingéniaient à mettre Virgile en pièces, et à reconstituer, avec ces découpures, une composition quelquefois sérieuse, mais presque toujours licencieuse ou burlesque ^ Ausone lui-même avoue que c'est une profanation, que de prostituer à un pareil usage la majesté de la poésie virgilienne. L'empereur Valentinien, qui se croyait poète parce que ses vers étaient justes, s'était amusé à écrire un centon nuptial, genre d'une extrême liberté, qui tolérait toutes les crudités malsaines de la chanson fescennine ; il eut l'idée de proposer au pauvre Ausone de faire un centon sur le même sujet.
Ausone aurait bien voulu refuser cette espèce de concours ; son imagination, quoique frivole et légère, n'était pas gâtée; tout porte à croire que ses mœurs étaient pures'*. Un poète de cour avait d'ailleurs des raisons graves pour ne pas accepter ce défi ; Ausone les expose avec ingénuité. S'il avait assez de complaisance, en elFet, pour se laisser vaincre par