‹ Les gens de lettres et leurs protecteurs à Rome [microform]Chapitre 244 sur 345 · Voy. Symm., Epist.. i · texte numérisé non relu

Voy. Symm., Epist.. i

un Panrionien, lui, le plus bel esprit de son siècle, on Taccusait d'une adulation ridicule. S'il avait la sottise d'être vainqueur, il pouvait froisser Taniour-propre du César poète, assez chatouilleux, nous l'avons dit^ sur le chapitre des avantai^es littéraires ; et toute la cour, d'une voix unanime, s'écriait que ce Gascon n'était qu'un provincial, un mal-appris, un pataud, qui ne savait pas même laisser au maître le petit plaisir de gagner la partie.

Il y avait donc là un problème difficile à résoudre : « Mais que faire? dit Ausone, c'était un ordre ; et, par une manière d'injonction pkis puissante encore, celui-là me priait, qui avait le droit de commander. » Ausone se vante d'avoir heureusement franchi ce mauvais pas ; il eut l'habileté d'accepter la lutte, en paraissant ki refuser, et la satisfaction de vaincre sans offenser'. Sa vanité de poète, ses intérêts de courtisan, tout cehi fut sauvé; de la dignité personnelle, de l'indépendance du caractère et du talent, il n'en est pas question. Que penser de cet empereur, grand d'ailleurs par d'autres cotés, qui propose la lutte, sur un sujet scabreux, au précepteur de son lils?Que penser de ce poète qui se croit obligé, pour ne pas déplaire, d'écrire des vers obscènes presque sous les yeux d'un enfant?

On voit avec compassion ce pauvre Ausone se plier gaiement à toutes les obligations de son état, et singer même Martial, le Martial des plus mauvais jours, celui qui a flatté Domitien. Voici en qurls termes il parlera d'une bête fauve tuée par (iratien dans une partie de chasse : « Cet animal blessé, qui ne cède point encore au fer qui le déchire, et se redresse contre les traits sanglants du chasseur en armes, quelle grande mort il reçoit d'une mince blessure, et qu'il prouve bien que c'est la seule force du bras qui le tue! On admire, et la nouveauté du coup, et la chute si prompte ; on cherche la plaie à peine ouverte, elle échappe aux regards. Et, non contente de traverser mortellement

Page 1