‹ Les gens de lettres et leurs protecteurs à Rome [microform]Chapitre 248 sur 345 · I(h/ll., H · texte numérisé non relu

I(h/ll., H

4. Claiul.. In Tert. Consul. Ilonor., 142; in lii/fin., », 4-6; S. Anibrus.. Orat, de Obitu T/tcod,, '.').

la sécurité de l'Orient; il arriva donc, par ses intrigues, à s'imposer au faible Arcadius, et à évincer absolument Stilicon de toute ingérence dans les affaires de Constantinople. De là, entre les deux ministres, une haine implacable ; nous en retrouverons toutes les violences dans les vers de Claudien.

C'est probablement en 39i ou 395 que ce poète vint à Rome. Né en I^:gypte S il arrivait l'imagination toute colorée encore de la rhétorique orientale. Depuis Stace, on n'avait rien vu d'aussi élégant et d'aussi harmonieux; mais il surpassait de beaucoup celui-ci par les ressources et la richesse de son esprit, sa verve, son réalisme puissant. Les hommes de son siècle, ravis de la fécondité et de l'éclat de ce facile génie, crurent reconnaître en loi la «muse dTIomère et l'ame de Virgile - ».

^ Il avait assez de force et de vigueur dans le talent pour s'avancer tout seul, dans un siècle plus heureux. Mais l'écrivain, le poète surtout, qui arrivait à Rome à peu près inconnu, ne pouvait pas alors se passer d'un patronage, et il fallait presque nécessairement l'acheter par ces flatteries énormes que les orateurs des panégyriques avaient mises à la mode. Claudien s'empara de leurs moyens; il imita leur allure, lenr esprit, leur exagération; au lieu'de prononcer des panégyriques en prose, il les mit en très beaux vers. Notons cependant qu'il y a moins de faits exacts et positifs à recueillir chez les orateurs, que dans ce poète d'une imagination si fougueuse.

Claudien a donc loué beaucoup; c'était la loi du genre qu'il avait adopté; il a mis sa vanité à rajeunir des hyperboles que l'éloquence officielle semblait avoir usées depuis longtemps. Cette forme laudative à haute charge une fois admise, il faut convenir que Claudien y fait merveille; il n'est guère possible d'être plus ingénieux, plus souple, plus

1. Claud., Epist., I, 20; v, 3. Cf. Sid. Apoll., Cann., i\, 271

2. Orelli, 1182. Cf. P. Oros., WsL, vn. 3o; Prosp. Anuil., Cfir sul. : etc.

on. con-

varié, d'enrichir avec plus d'esprit une maigre matière. Son coup d'essai, en arrivant à Rome, avait été le panégyrique de Probinus et d'Olybrius, élevés ensemble au consulat; c'étaient deux jeunes gens, deux frères, qu'aucune supériorité reconnue, aucun service ne distinguaient de tous ces fils de grande famille qui passaient à tour de rôle au consulat. Ce pauvre sujet se transforme entre les mains de Claudien; il loue le père de Probinus et d'Olybrius; il loue leurs ancêtres, et remonte jusqu'aux origines de la race ; il introduit Rome suppliant Tliéodose de lui donner des consuls capables de soutenir ses immortelles destinées; il annonce que ses héros dépasseront certainement Métellus et Scipion; et cela est dit de telle manière, qu'on peut en sourire, mais non pas s'en fâcher; il nous repose entin de ces grandes images, en nous faisant voir, dans un délicieux petit tableau d'intérieur, la mère de Probinus et d'Olybrius, qui tisse la trabée consulaire de ses fils'.

Claudien est le génie même du panégyrique. Qu'il s'agisse d'un éloge en forme, de la célébration d'un consulat, d'une épopée guerrière, d'une lettre, d'un épithalame, c'est toujours le même procédé, mais toujours aussi avec des ressources nouvelles, des inventions, des traits ingénieux, des tours inattendus qui en sauvent la monotonie, autant du moins que cela est possible. Il a chanté l'empereur, le ministre de l'empereur, la femme et la iille du ministre, les grands dignitaires de l'empire, (iennadius, Palladius, Mallius Theodorus. Si Claudien fait une lecture publique, il ne peut s'empêcher de louer l'assemblée tout entière, et aflirme avec un grand sérieux qu'il y voit réuni tout ce que le monde renferme de plus illustre \ Il loue même quelquefois ses ennemis ; il dit à un fonctionnaire^ qui semble le poursuivre de sa malveillance : a Vous êtes trop grand personnage pour qu'il vaille la peine de vous occuper de moi ; je

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