‹ Les gens de lettres et leurs protecteurs à Rome [microform]Chapitre 251 sur 345 · liell. f je tic, Pr^f · texte numérisé non relu

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vaient d'autre volonté que celle de Stilicon, et c'était kii, on ne peut en douter, qui récompensait à la fois le génie et'les services de son poète.

Claudien, protégé par le vrai maître de l'Occident, repu d'honneurs, satisfait de sa fortune inespérée, n'a plus qu'un emploi sur la terre ; il chante sur tous les modes, avec une persévérance dans l'admiration que rien ne peut fatiguer, les combats, les victoires, le repos, les plaisirs, les haines' de Stilicon. Dans son œuvre, tout le reste est secondaire. On ne trouverait peut-être, dans aucune littérature, un autre écrivain voué, comme lui, à une pensée presque exclusive, et la reprenant chaque jour sans jamais l'épuiser.

Le héros valait-il tant d'admiration? A bien des égards, Stilicon n'a guère phis de sens moral que Rufîn; comme lui, avare, vénal, et capable de tout pour arrivera ses lins * Oroseet Zosime ne les distinguent guère, et les jugent tous les deux comme des coquins habiles \ Le soin de sa fortune particulière semble avoir occupé Stilicon bien plus encore que le salut de l'empire, et même on le soupçonne d'avoir une fois ménagé sa paix avec Alaric aux dépens des Romains. Cependant il serait injuste de ne pas mettre Stilicon fort au-dessus de Rufm , et de le comparer à ces intrigants heureux, que la chance des révolutions amenait pour quelques jours à la puissance. 11 fut pendant longtemps le rempart deTOccident contre les barbares, et celui qui réprimait les pirateries des Saxons, mettaitlesfrontières'de la Gaule en état de défense, arrêtait Alaric à Pollentia, et réduisait l'armée de Radagaise en esclavage dans les rochers de Fésules, pouvait, sans outrecuidance, offrir la main de sa fille Marie au faible et pè\le llonorius. On vit bien, après sa mort, à quel point il était nécessaire ; les Visigoths, qu'il ne contenait plus, parurent devant Rome, qui fut mise au pillage. On ne peut nier d'ailleurs que Stilicon n'ait été diplomate

1. P. Oros., IlisL, vil, 37 et 3S; /os., v, i. - Cependant Zosime, un peu plus loin, rend hommage à la modération relative de Stilicon.

habile, soldat courageux ; il savait voir juste, preiulre un parti; il savait encore mieux l'exécuter. C'est de beaucoup, après Tliéodose, l'homme le plus remarquable de la fin de l'empire en Occident, et on a pu dire avec raison que ce Vandale fut le dernier des Romains.

Dans VÉiof/e de Stilicon, Claudien a mis en (vuvre, avec une souplesse étonnante, toutes les ressources possibles du panégyrique. Trois livres entiers ne sont pas trop pour eflleurer les mérites et les vertus de son protecteur; car de tout dire, il n'y faut pas penser, et on aurait plus vite fait de mettre Ossa sur Pélion \ La (iénérosité, la Clémence, la lUjnne Foi, la Justice, la Tempérance, la Prudence font cortège au héros-. Ce n'est pas un homme, car il lui manque des vices ou au moins quelques imperfections, pour ressembler aux vulgaires mortels; donnez une action quelconque de Stilicon, Claudien se fait fort de vous la faire admirer. C'est d'ailleurs la loi de ce genre d'éloquence, surtout dans les temps où l'esprit de servilité a introduit des fornudes d'intolérable adulation ; le poète et l'orateur ne sont plus libres de choisir ce qu'il y a de grand dans leur sujet, et de célébrer seulement le défenseur de l'empire. 11 faut absolument tout louer dans Stilicon, les qualités qu'il a réellement, et celles qu'il n'a pas; ce que Claudien tairait passerait peut-être pour une leçon insolente, pour une réticence injurieuse ; il vantera donc sérieusement le désintéressement d'un homme dont il fallait acheter la sentence, pour en obtenir justice, et la générosité de celui qui faisait assassiner un chef de (iermains, pour n'avoir plus la peine de le faire surveiller.

Dans la Guerre contre Gildon, le mensonge est encore plus hardi; car il semble avéré que Stilicon a pris peu de part à cette expédition. Cependant Claudien lui en donne tout le mérite, et grossit l'importance d'une médiocre cam-

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