Laud. Stil., ir, 77. Cf. m Xupt. Hon. et Mar
donne une éloquence qui touche quelquefois au sublime, pour llétrir ce misérable Uufin, qui appelait les ïïuns en Orient, afin de rendre son habileté nécessaire. Lorsque l\ufin a été poignardé par un soldat de Gainas, Claudien, dans une page d'un incroyable réalisme, se baisse voluptueusement sur ce cadavre mutilé, ces membres pantelants et fracassés, ce cœur arraché de la poitrine, ces yeux pendants à leurs orbites sanglantes. Mais que faire de ces morceaux de cadavre?Claudien a une idée féroce : « Allons, partagez Rufin entre les peuples qu'il a écrasés. Donnez la tète aux Odrvsiens, le trunc aux (irecs. Que donnera-t-on aux autres? Tous les membres de ce coquin ne suffiront pas à tant de peuples qui réclament leur part\ »
ÏUifin abattu, Stilicon espérait ressaisir son inlluence à la cour d'Orient. Mais il trouva devant lui, cette fois, un être de rien, un misérable eunuque; Eutrope, après avoir vieilli dans un obscur esclavage, était entré depuis peu dans la domesticité du palais. Il eut le bonheur de rendre quelques services sous Théodose, grandit rapidement sous Arcadius, fut nommé grand chambellan, et eiilin, après la mort de Rufin, élevé au consulat. Stilicon avait probablement compté qu'il pourrait s'entendre avec Eutrope, et se servir de cette vile créature au profit de son and)ition. Ouand il vit l'eunuque lui créer mille embarras nouveaux, et peutêtre appeler Alaricen Italie, il chargea Claudien de sa vengeance
La moquerie, avec ce qu'elle peut avoir de plus amer et de plus insultant, a-t-elle jamais été poussée à bout, comme dans V Invective contre Rïtfni? Ce vieillard grotesque, usé par la servitude et d'infâmes complaisances, les épaules toutes noires encore des coups de fouet reçus dans son ancien métier, quel sujet pour la verve de Claudien! C'est une caricature efl'rayante. Avec une ironie sauvage, il rit de la bassesse de ce futur consul, longtemps traîné de mar-