‹ Les gens de lettres et leurs protecteurs à Rome [microform]Chapitre 261 sur 345 · Suét., Caliy., 20; D. Cass., lix, 21; Juv., Sat., i · texte numérisé non relu

Suét., Caliy., 20; D. Cass., lix, 21; Juv., Sat., i

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place au^ luttes littéraires. L'empereur eut l'idée (riustituer ce concours sur le modèle des jeux solennels de la Grèce; pendant la durée des letes, beaucoup de gens portèrent le costume; national des Hellènes. Le sort désii^iia, parmi les consulaires, les intendants des Jeux, et (tn leur dnnna les sièges occupés d'ordinaire par les préteurs en charge. Le progrannne comprenait des exercices équestres, de la gymnastique, de la nuisique, enfin des concours d'éloquence et de poésie, auxquels étaient spécialement invités les personnages les plus considérables de Rome. Cette nouveauté, accueillie d'abord avec un peu d'indifférence par le petit peuple, parce que ses cbers histritais étaient exclus du spectacle, l'ut surtout critiquée de ceux (jui désapprouvaient, de parti pris, toute mesure du pouvoir : « Les bonnes ma'urs, disaient-ils, déjà bien afïaiblies, allaient périr entièrement par cette importation. Ne serait-il pas scandaleux de voir les grands de Rome se dégrader sur la scène, et déclamer devant la populace des discours et des vers? Jl ne leur restait plus qu'à prendre le ceste, et à descendre dans l'arène. » On répondit que les mijuurs n'avaient rien à redouter de divertissements honnêtes, que les victoires des orateurs et des poètes encourageraient le talent, et que tout le monde serait charmé d'assister à ces nobles fêtes de l'esprit. En elfet, les premières Aeroncrs se passèrent à peu près sans scandale, et le peuple lui-même se contint dans une certaine décence.

Les hommes du rang le plus illustre, soit par crainte de déplaire au maître tout-puissant, soit par une frivole vanité littéraire, vinrent au théâtre de l^ompée disputer le prix de la poésie et de l'éloquence. C'est probablement aux jeux néroniens de l'an GO que Lucain, très jeune encore, produisit ses premiers essais, et récita l'éloge de Néron^ peut-être ces vers fameux insérés ensuite dans le premier chant de la Pharsale. L'empereur daigna lui-même prendre part au concours. Personne ne remporta le prix de l'éloquence ; on s'arrangea cependant de façon à le laisser à Néron, virtuose

dont il eut été dangereux de blesser la susceptibilité, bien qu'il affectât de refuser toute faveur particuHère, et d'exiger que les conditions de la lutte fussent égales entre lui et ses rivaux. Il fut aussi proclamé vainqueur du concours de poésie ' .

Aux secondes \('n))tvrs, célébrées en 05 ou peut-être en Gi, -- car l'impatience de Néron en avait hâté le retour, — un événement curieux fournit une donnée commode et presque obligatoire aux concurrents. A ce moment-là même, Néron envoyait des galères en Afrique pour y chercher d'énormes lingots d'or, qu'un imposteur ou un ïbu prétendait avoir trouvés en labourant son champ. Les orateurs firent des considérations à perte de vue sur ce sujet, et tirèrent de là les eftèts les mieux réussis de leurs panégyriques : c( Ce n'est pas assez, disaient-ils, que la terre donne des moissons, des minerais où l'or est enfermé; voici qu'elle s'ouvre à une fécondité nouvelle, et nous offre d'elle-même des trésors ménagés par les dieux. » Ils variaient ce thème à l'infini, sûrs de plaire à Néron, et de trouver dans son esprit une facile créance'.

Plusieurs poètes concoururent; Lucain, après l'éloge indispensable de l'empereur, lut des vers sur Orphée, et les trois premiers chants de sâ P/uirsaie ; on ne put lui refuser une couronne, au grand déplaisir de Néron, qui commença peut-être, ce jour-là, à trouver que Lucain avait trop de talent. L'empereur, chez qui les instincts du comédien avaient gnmdi avec l'âge, voulut, cette fois encore, paraître sur le théâtre. Le sénat se hâta de prendre les devants, et de lui offrir d'avance le prix du chant et de l'éloquence; mais Néron n'en voulut point, et dit qu'il ne devrait la victoire qu'à l'impartialité des juges. îl s'avança donc sur la scène, et récita des vers sur la destruction de Troie, les mêmes sans doute qu'il répéta plus tard pendant l'incendie

et [y/'"'-' '^""•' ''"' -" '• -* ' ^"^^^ •^''''■' *- '■'^- ^"^- Cf. Suél.. Xer., 10 2. Tac, Anu., xvi. 2. Cf. Suél., Xer., 31.

LES GRNS D1-: LKTTHI-S

de Hume. Bicnlùt, pressé par la populace « de faire entendre sa voix céleste », il chanta en s'accompagnant de la lyre, avec tontes les prescriptions minntieuses exigées an théâtre. Puis il fléchit le genon, salua cette ignoble assemblée, et attendit respectueusement la décision du jur\ . Le peuple, toujours généreux pour les histrions qui lui plaisaient, l'applaudissait en mesure, pendant que des soldats, postés sur les gradins, veillaient à ce qu'il n'y eut pas d'arrêt dans les acclamations, et que des policiers notaient la séditieuse tristesse de quelques spectateurs mécontents *.

Après cette séance, on ne trouve plus aucune trace certaine des jeux néroniens". L'institution dut disparaître dans la violente réaction de hain(^ qui suivit la mort de Néron ; les souvenirs de ce règne, connue on sait, furent supprimés avec soin. Peut-être aussi les Nércniécs tombèrent-elles simplement en désuétude, sans être formellement abolies, sous le gouvernement plus sérieux de Yespasien. Elles furent enfin complètement oubliées, quand Domitien eut fondé à son tour les Jeuj: capilolins.

Le temple du(lapitole,détruitpar un incendie, venait d'être restauré par les Raviens avec une richesse extraordinaire. Martial plaisante à ce propos le pauvre Jupiter, débiteur à la gêne, incapable de j)ayer son temple et de rembourser le Jupiter d'ici-bas '! La dédicace votive du nouveau Capitole fut faite au niilieu d'un grand appareil de magnificence, et c'est peut-être pour donner à la fête plus d'éclat, que Domitien étaljlit, eu l'honneur de Jupiter, des jeux qui devaient revenir tous les quatre ans; les premiers eurent lieu Tannée 8(i. Le programme était presque semblable, du moins pour la partie littéraire, à celui des jeux néroniens. On y donnait des prix d'éloquence, et des prix de poésie

1. Tac, Ann., xvi. i et o; Siiét.. .W., 21; I). Ca^^s., lxii. 29; Vacca, Vit. Luc; Anth. lut. iRiese), 125. Cf. Suél., Ser., 20; Tac, Ann., xiv, 15; Juv., Sut., VIII, 225; i<choL in Pt^rs., I, 121.

2. Voy. ce[>tMidaiit un texte a;sez éqiiivuque dA. Vict., Cœs., 27.

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