‹ Les gens de lettres et leurs protecteurs à Rome [microform]Chapitre 267 sur 345 · Siiét., Grammat.. 20 et 21 ; Cxs.,o · texte numérisé non relu

Siiét., Grammat.. 20 et 21 ; Cxs.,o

3. Corp. Inscr/fjf. f/r^r., ."iOOO; Corp. Insrripf. lai., \. vi, 5188; :jI89: ol9i; 5192; Orelli, 40; 41; oS84; 6271-6273; Suidas, au mot -< Denvs >■. Cf. Ovide, Trist., III, i, 67; Front., Inr. cit.; etc.

même de leurs fonctions; et, si la reconnaissance ne suffisait pas, la crainte de perdre leur charge les mettait à la discrétion du prince.

Ce n'était là encore qu'une partie des services rendus à la politique impériale par cette création. Les bibliothèques de Rome n'étaient pas, comme les nôtres, des asiles fermés à toutes les rumeurs du dehors, et uni(juement consacrés au travail. Dans leurs dépendances, on trouvait de<^ portiques pour la proujenade et la conversation, et probablement des salles pom- I< s lectures pid)liques et les déclamations. Les grannuairiens s'y trouvaient à l'aise; ils avaient sous la main tous les instruments de leur métier; si la dispute s'échauffait sm* un texte, on pouvait, séance tenante, vérifier les pièces du procès. Là, les Trissotin et les Vadius se tressaient des couronnes. Les beaux esprits se donnaient rendez-vous dans les bibliothèques; une des choses que Martial regrettait le plus dans sa retraite de Hilbilis, c'étaient les bibliothèques, les théâtres, les réunions de toute sorte, « aliment du génie, où Ton ne sent de l'étude que sa volupté' ». Tous ces poètes et ces savants, rassemblés dans un édifice de l'IÙat, presque sous l'œil du prince, coudoyés par les fonctionnaires de la bibliothèque, devaient prendre peu à peu dis dispositions d'esprit favorables au gouvernement.

Nous pourrions signaler bien d'autres institutions, peutêtre plus ou moins marquées de l'estampille ofticielle. La direction des théâtres sous l'empire n'a-t-elle pas été une charge administrative '?xN'y eut-il pas des philosophes, desgranmiairiens, des « conseillers d'études' » en quelque sorte attachés au service de la cour? Les précepteurs des enfants du prince n'étaient-ils pas des espèces de fonction-

1. .\.-(ù'll.. \i, 17; Mil, l!l; M;iil.. x,i. /V.r/'. ; Tiél.. IN, 11.. Tria. 7>//..:n. Cf. l'I.iL; LticuU., 12.

2. Voy. Pliilu^ijr., S'ifih.. ii. 16. — Cn iiulie pi»inl curieux a ttinlior. ce serait rorg;mi>atio;i de la troupe sct'ni»|ue du palais: car les Césars avaient leur.^ cumédienî: le texte le plus caraclérislique est Luc. He Isf/imo, 9.

3. Vuy. Orelli-ilenzen, 719: 29o8:63o6. Cf. Suét.. Cloud.,'2'^.

naircs*? Mais tout cela est trop incertain, trop mal connu, pour qu'il soit possible d'en parler avec exactitude. Nous insisterons un peu, au contraire, sur linstitution littéraire par excellence, sur l'enseignement public; laissant absolument de coté tout ce qui concerne le programme, la forme des étudeS;» et le régime intime des écoles, nous essayerons de dire quelle fut la part de l'Ktat dans l'organisation extérieure de cet important service.

Cette part fut d'ailleurs médiocre, si on prend dans son ensemble l'histoire des écoles romaines. A partir des Flaviens, le pouvoir politique intervint un peu dans l'enseignement, pour accorder des privilèges aux professeurs, el payer quelques maîtres de grammaire, de rhétorique, de philosophie, de médecine et de droit ; mais on ne voit un essai véritable de réglementation qu'à la fin de l'empire. Pendant de longs siècles, l'Etat ne voulut presque rien savoir de ce qui se passait dans les écoles; le premier venu peut ouvrir mw classe où il lui plaît, et enseigner ce qu'il veut. Les incapables peuvent être éliminés par la défaveur de l'opinion, mais l'Ktat, lui, ne connaît point d'inhabiles; il ne faut pas plus de cérémonie pour tenir une école qu'une hôtellerie; c'est affaire de libre concurrence. Façonnés aux lisières administratives, nous nous étonnons que d'autres aient pu marcher tout seuls; nous avons de la peine à comprendre ce système. In Romain n'eût rien compris au notre. Des habitudes aussi anciennes que la race latine l'avaient accoutumé à un souverain empire sur ses enfants, et il eut trouvé mauvais que l'Ktat s'occupât trop de leur éducation.

L'école même connnença fort tard, tout au plus deux siècles avant notre ère. Jusque-là les enfants de la noblesse recevaient l'éducation littéraire dans la famille, soit de leurs parents, soit d'esclaves de confiance ; l'éducation oratoire se faisait au Forum, par la pratique des aflaires, sur-

\. \*oy. surtout IlisL Auy., passi/n.

tout par riiijpérieiibe nécessité où était un Uomain de se mettre en état soit d'exposer son avis, soit de se défendre contre ses adversaires. Les conseils et J'iniitation d un Jioinme expérini.-nté lui tenai(Mit lieu de rhétorique. L'école fut une iinj)(.rtati.»n -reccju.», mal accueillie (Fahord, autour de laquelle un patriotisme étroit et routinier accuuiulait mille préventions absurdes. Pendant Ion-temps, tes gnmujiairiens et les rhéteurs les plus renommés furent de simples affranchis, et la plupart étaient encore esclaves, quand ils avaient ouvert leur école. Même au début de i empire, la fonction de professeur était peu estiniée, et on admettait qu'il est honteux d'enseigner ce qu'il est honorable d'apprendre '.

Unelle fut, envers ces écoles naissantes, la conduite des pouvoirs politiques? Il est sin^-ulier qu on ne la connaisse que par deux décrets de proscription. On ne toucha pas cependant, selon les apparences, aux écoles de t;rannnaire, grecques ou latines, tolérées de tout temps connue inollen- SIves^ Même quand les empereurs frappèrent quelques rhéteurs séditieux, et expulsèrent les philosophes de Rome, les grammairiens ne furent pas inquiétés. Mais un sénatusconsulte de l'an IGi avant notre ère déclara que les rhéteurs et les philosoplies « ne devaient pas être à Rome », et enjoignit au préteur de faire exécuter cette ordonnance ^ 11 îiest plus ensuite question, jusqu'à Vespasien, de la situation légale dc^ philosophes. On voit beaucoup d'entre eux se couvrir du patronage de Scipion Kmilien, de Lucullus, de Pompée, de Cicéron, de Rrutus; mais il est difficile de du-e si quelques-uns au moins tenaient po.^itivement une

1 Siiél De Gramw., 1 et '1: De It/uL, I cl -': l'h.l.. Ou. lioui., o9; Diat. Oral., 3+; Seii. le Kiiét.. ('on(rui\, ii, l'r.rf.: Cic, Oraf., \2.

■2. Vm la tin tie la Ht'|.iib!i(|iii', il y avait a Home jusqu'à vin'çrl "ùroles de trrammaire. Siiél.. Grcnnm.^ 3.) ■ ^^ "c

.*J. A -(iell. XV ll:S.iét., Uliel.. 1. - Le sénalns-ruiisuile ne fait aucune distinction entre les pliili.sopli.'s ou liiéteurs yrrcs et latins. On ne voit donc pas pourquoi Aulu-iJelle en lait précéder le texte de ces mots : a C Fannio strafjonr, M. ] aleno Me.<sala coss., senalus-conmlliun de uhilo.ophus et rhetorihus latims faction l'd. »

école publique^ ou bien si tous se contentaient dexercer, auprès des familles puissantes, une sorte de ministère pédagogique et moral. Nous croyons cependant que l'interdit prononcé contre les philosophes fut bien vite oublié, et qu'ils rentrèrent dans le droit général en matière d'instruction, c'est-à-dire dans la liberté à peu près absolue.

La partie du sénatus-consulte qui frappait renseignement de l'éloquence ne fut guère plus eflicace. Le premier moment d'intolérance passé, les rhéteurs grecs rouvrirent leurs écoles. Les rhéteurs latins eurent un peu plus de peine à triompher d'un dernier reste de fanatisme romain. L'an 92, les censeurs Domitius .l^nobarbus et L. Crassus déclarèrent (( qu'il ne leur plaisait pas » de voir la jeiniesse fréquenter ces écoles d'oisiveté, tenues par des gens qui se donnaient le nom de rhéteurs latins, et introduisaient des innovations coiitraires aux usages et aux mœurs des ancêtres '. On est assez surpris de trouver le nom de l'illustre orateur Crassus en tête d'un acte aussi étrange, il essaya de se justiherd'une mesure rétrograde, qui avait affligé les esprits éclairés, par une distinction subtile entre les rhéteurs grecs et les rhéteurs latins; selon lui, les premiers seuls étaient capables de donner à leurs élèves une éducation oratoire solide ; les autres, hommes sans doctrine et sans étude, ne pouvaient apprendre à la jeunesse qu a parler de tout avec hardiesse et présomption.

Cette interdiction eut d'ailleurs peu d'effet ; il était trop tard pour que ce légalisme intolérant et suranné fut accepté par l'opinion. C'est quelques années à peine après le décret des censeurs que fut ouverte à Rome la première école latine d'éloquence un peu célèbre^ César essaya d'attirer à Rome les professeurs étrangers, en leur donnant le droit de cité. Le premier établissement de la monarchie trouva probablement les écoles vivant sous le régime d'une complète indé-

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