LES GENS DB LIÎTTUKS
prêt à se donner la mort ^ . Nous savons aussi, par de curieux témoignages, que le Uiran était rcnncmi capital de cette ardente jeunesse, qui se grisait de phrases, en attendant les affaires plus positives de la vie pratique ; chacun voulait à son tour frapper le monstre, qui était enfin égorge par la classe tout entière". Une autre fois, le thème changeait un peu ; un orateur novice demandait une récompense pour celui qui avait purgé la terre de cette bète malfaisante \
Qu'était-ce que ce tyran, cet être abominabh^ qui commettait toute sorte d'atrocités, qui déshonorait les vierges, et ordonnait aux enfants d'assassiner leurs pères ^ ? Ktait-ce la puissance impériale, ou du moins les mauvais princes qui avaient opprimé Home ? Nous ne le croyons pas ; les Domitien auraient-ils permis qu'on s'en prît aux Tibère et aux Caligula? Même sous les meilleurs règnes, un tel exercice eût été jui;é dangereux par le pouvoir; les empereurs les plus tolérants n'auraient pas sans doute souffert une liberté qui serait deveime si facilement séditieuse. Le tyran maudit tous les jours dans les écoles u'avait donc pas, ne pouvait pas avoir cette réalité redoutable. C'était un tyran idéal et abstrait, comme celui de la l\éinibli<iue de Platon, tout au plus quelque nom perdu dans les lointains de l'histoire et presque de la légende, un Denys de Syracuse, un Phalaris. iMais par la force des choses, et par la pente même de l'esprit humain, les traditionnelles injures qu'on jetait au tyran classique devaient nécessairement suggérer à des orateurs jeunes, peu prudents, quelques allusion^ aux despotes plus sérieux qui avaient opprimé l'empire ; et même, pour peu que le prince régnant eût froissé l'opinion, était-il possible de ne pas penser un peu à lui, quand on invectivait Phalaris^?