Voy. D. Cjss., lxvji
ET LEURS PROTECTEURS k ROME. 391
Cependant l'opposition des rhéteurs ou de leurs élèves ne pouvait être de grande conséquence, et en somme ces allusions, renfermées dans l'ombre des écoles, étaient assez inoffensives. Les philosophes étaient bien autrement dangereux, quand ils étaient hostiles au pouvoir, et souvent ils vivaient en mauvais termes avec lui. Jusqu'aux Antonins, il y eut presque toujours, entre les stoïciens et les Césars, un éloignement marqué. Sans doute les princes voulaient bien d'ordinaire tolérer les philosophes ; on en vit même quelques-uns à la cour; Néron s'amusait de leurs disputes ; mais on s'étonnait de les voir dans un lieu où ils étaient si déplacés ^ A tout prendre, ces deux puissances ne s'aimaient guère ; elles se voyaient de mauvais œil, et de temps en temps cette antipathie éclatait en hostilité
ouverte".
Rien d'ailleurs n'était plus logique. Quel est le dogme fondamental des stoïciens? c'est que l'honnête seul est un bien, la faute seule un mal. Le reste est indifférent : les dignités, les richesses, la vie même ne pèsent pas un atome dans l'estime du sage. On voit les conséquences de cette doctrine pour l'ordre politique; il y a dans l'empire des hommes qui soutiennent que le prince ne peut leur faire ni bien ni mal, qu'il importe peu d'être honoré ou persécuté par César, que le philosophe se fait en lui-même une royauté indépendante, fermée à toutes les entreprises du dehors. Kpictète s'applique à faire voir qu'il y a une liberté naturelle, supérieure à toute atteinte de la force, et qui n'a rien à redouter d'aucune puissance humaine \ C'est la négation du principe césarien. Sans doute le stoïcisme ne fait pas toujours sa déclaration des droits de l'homme avec cette rigueur agressive; mais tout cela est au fond de sa philosophie, et le gouvernement a quelque raison de ne pas voir