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Claude et de Néron, falsifiée par la crainte aux jours de leur grandeur, fut écrite, après leur mort, sous l'inlluence de haines trop récentes \ » Le caractère même de l'histoire, considérée à certains égards comme une annexe de l'éloquence, la préparait d'ailleurs à devenir un panégyrique ou un réquisitoire.
A côté des Yalère Maxime et des Paterculus, flatteurs du gouvernement, il faut donc nous attendre à trouver des adversaires, dont les jugements ne sont pas moins suspects. Labiénus, Crémutius Cordus, llermogène et beaucoup d'autres appartenaient à l'opposition ; mais, comme leurs ouvrages ne sont pas arrivés jusqu'à nous, il est impossible de dire comment les historiens qui voulaient dénigrer le pouvoir s'y prenaient pour présenter les faits selon les besoins de leur parti. Cordus avait loué Brutus, et appelé Cassius « le dernier des Romains' » ; mais ces griefs auraient été bien petits pour exciter le ressentiment de Tibère, à une époque où il gouvernait encore l'empire avec modération ; évidemment c'est le ton général de son œuvre qui parut factieux.
La biographie, plus courte que la grande histoire, plus alerte dans sa marche, se tournait sans peine contre le gouvernement. Le procédé général était bien simple : on choisissait un homme illustre, dont on savait le nom et le souvenir désagréables aux puissances, et on racontait la vie du héros en exaltant sa fierté et son indépendance.
Ces biographies politiques, relevées d'allusions qui en faisaient l'à-propos, eurent un grand succès sous l'empire ; on lisait avec avidité la vie de Caton par Thraséas, de Thra-
1. IlisL, I, 1: Aiin., i, 1. — Salliisle se vante dï'crire riiistoire de la conjiualiun de Calilina « spe^ metu, pariihus liôej- » {CatiL, 4); preuve certaine que d'autres rarontaient les faits avec moins d'impartialité. Cf. Plin., Ep., v, 8 ; i.\, 27; Tac, Ann., iv, lî ; Hist., ii, 101; I). Cass., lui, 19; Suét., Claud., 41: Sén., de VHa palris; Vulc. Gallic, Avid. Cass., 3; Spart., Carac, 9.
2. Tac, Ann., iv, 34; H. Cass., lvii, 24. Cf. Plut., Brut., 44; Sén., (^nns. ad Marc, 1 et 22; Quinlilien (x, 1, 104) parle de « la liberté de Crémutius ».
séas lui-même par llusticus, d'IIelvidius Priscus par Sénécion, de Julius Asiaticus par Sécundus *, etc. VAfjricola de Tacite n'est-ii pas, jusqu'à un certain point, une œuvre née de la même inspiration? 11 est certain que rien ne fait mieux détester le g-ouvernement de Domiticn que ces pages, où Tacite nous montre le vainqueur et l'organisateur de la Bretagne aux prises avec Thypocrite tyrannie du prince, et obligé de se faire pardonner sa gloire par le silence et l'isolement. Quand l'historien félicite Agricoia de n'avoir pas vu les dernières années de Domitien, des consulaires massacrés, des femmes envoyées en exil, les délateurs triomphants, n'est-ce pas, en quelques lignes, un admirable résumé de la servitude où Rome était tombée ?
Un autre biographe eut l'idée ingénieuse de raconter en détail le procès et la condamnation des malheureux que Néron avait bannis ou mis à mort. On prétend que les faits étaient écrits avec exactitude, sans déclamation, dans un style simple et nu, qui devait rendre plus saisissant encore le tableau de ces drames. L'ouvrage était considérable, et l'auteur sans doute n'oubliait aucun détail, car, au moment de sa mort, il y avait trois livres achevés, et ce n'était pas la fin. L'historien avait l'imagination tellement obsédée de son sujet qu'une nuit, dans un rêve terrible, il crut voir le spectre de Néron entrer dans sa chambre^ s'asseoir sur son lit, prendre le manuscrit, et lire le récit des proscriptions qui avaient ensanglanté son règne'.
La biographie passait fréquemment au pamphlet. Après la mort de Caton, on vit toute une série de libelles surgir autour de ce nom célèbre. Cicéron et Brutus ayant écrit réloge du héros républicain, ce fut le signal d'un grand nombre (ÏAntl-Catom. César en fit deux à lui seuP ; il
1. Tac, Agric, 2 et 45; Dion Cassius, lxvii, 13; Dial. Orat., 14; Plin., L>., VII, 19; Suét., Dom., 10. Cf. Plin., Ep., i, 11; vu, 31; viii, 12; ix, 13; LaiiiprJd., Comm., 10; etc.