Cf. Juv., VI
s'abaissa jusqu'à ramasser les calomnies les plus populacières contre un ennemi estimé de tous. Il fit de Caton un maniaque bizarre, qui passait au crible les cendres de son frère, pour ne pas laisser perdre quelques parcelles d'or\ César fut secondé par son lieutenant Hirtius et par Métellus Scipion dans cette campagne peu loyale ^ Mais à son tour il était en butte à des attaques violentes ; Calvus et Catulle aiguisaient contre lui leurs épigrammes; des écrivains hardis, Curion, Cécina, essayaient de le rendre méprisable \ Chaque parti avait ses polémistes, qui présentaient l'autre faction sous un jour odieux et ridicule. Plusieurs des Mcnippécs de Varron furent inspirées par ces luttes ardentes ; en particulier, la pièce intitulée « les Trois Têtes » était une satire contre le premier triumvirat. On se battait alors à coups de pamphlets ; les dernières années de la République virent éclore un grand nombre de ces libelles, où les partis se jetaient leurs fautes^ leurs griefs et leurs outrages. Rien d'ailleurs n'est plus conforme à l'âpre tempérament romain que ces œuvres d'une violence amère, où débordent la haine et l'insulte.
Sous Auguste, même après le retour de l'ordre public, on garda l'habitude d'attaquer ses ennemis personnels dans des opuscules qu'on faisait courir quelquefois sous un nom de fantaisie. L'empereur, malgré sa répugnance à se mêler de police littéraire, se crut obligé de défendre l'honneur des grandes familles contre des lâchetés anonymes ; il fut le premier, selon Tacite, qui ordonna d'informer contre les libelles diffamatoires. Jusque-là on avait condamné les actions, mais non pas les paroles*. Curieuse distinction, et qui semble toute moderne, entre les délits de fait, et les délits de parole ou d'opinion. Auguste lui-même n'était pas épargné; jusque dans le sénat, les Pères se commu-
1. Plut., Ca:s., 54; Cat. Min., 36, 52 et 54. Cf. Plin., Ep., m, 12.
2. Cic, Ad Atlic, xii, 40, 41, 44, 45 et 47; Plut., Cat. Min., 57.
3. Cic, Brut., 60; Suét., C/es., 49; 73; 75; Tac, Ann., iv, 34; Catull., Carm., 29 et 54.