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3. Calulle s:arde sur lui un silence cumplet dans les cinq ou six pièces où il est question de ce voyage.
'i. Voy. Catull., Cann., 10.
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monde d'ignorer qu'il y eut à Rome un Helvius Cinna, grand poète pourtant aux yeux de ses amis, de ces grands poètes que Tingrate postérité ne connaît plus, auteur de poésies lyriques, d'élégies, d'épigrammes, que sais-je encore? Sa pièce capitale était une épopée savante, dans le faux genre alexandrin. Il y travailla dix années, et ne perdit pas son temps; car il parvint si bien à Tobscurcir, qu'elle eut immédiatement besoin d'un commentaire*.
Nous ne savons que trop, par les confidences de Catulle, quels furent les désenchantements de ce voyage". Mais comment notre poète était-il tombé dans ce guet-apens? Ne connaissait-il pas l'humeur inégale et fantasque de Memmius? Etait-ce le premier exemple d'un protecteur difficile et bizarre? Ne savait-il pas d'avance qu'avec ces patrons hautains, il fallait souvent dévorer des avanies, être traité aussi mal que le misérable parasite admis au bas bout de la table? Vers la même époque, deux amis de Catulle, Vérannius et Fabulus, libertins spirituels comme lui, avaient accompagné Pison dans une mission. Mais le grand personnage les oubliait pour ses affaires ou ses plaisirs ; et, plus d'une fuis, ils furent réduits à souper dans quelque taverne de carrefour, tandis que les intendants de Pison, uu Porcins, un Socration, des esclaves peut-être, tout au plus des affranchis, se faisaient servir, aux dépens du maître, des festins plantureux \
Pour comprendre comment Catulle, qui cependant n'aimait guère les nobles, fut amené ta se joindre au cortège de Memmius, il est nécessaire de dire un mot de lui et du monde où il a vécu. Mais, pour bien juger Catulle, il faut écarter d'abord toute idée de dignité personnelle, de tact, ou même simplement de vulgaire convenance. On a essavé,
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je le sais, d'en faire un bon jeune homme, égaré dans une société gâtée, oii il a laissé tout au plus quelques lambeaux de son innocence. Thèse charmante à soutenir î La vérité est plus sévère. N'est-il pas certain que l'œuvre de Catulle est souillée, à chaque page, par les grossièretés les plus cyniques, et les plus sales images? Et les bonnes gens que ces Gellius, ces Camérius, ces Yirron, ces Furius ! tous polissons déterminés, et quelques-uns voleurs : Asinius a fait le mouchoir », et Thallus escamote les manteaux' ; les sots sont encore ici les plus dignes d'intérêt. On dira que plusieurs sont précisément les ennemis de Catulle, et que leur conduite ne le regarde pas ; mais il n'en est pas moins vrai qu'il vit à coté d'eux; ils appartiennent à la même société que lui.
Ce caractère, ces habitudes, ces relations, ne le préparaient pas à porter, dans son commerce avec les grands, beaucoup de dignité. Il ne pouvait se passer d'eux, surtout de leur bourse. Ce n'est pas qu'il fut pauvre, à proprement parler; son père Yalérius lui avait laissé une honnête aisance ; il avait une campagne entre Tibur et la Sabine, et une jolie villa sur les bords du lac de Garde, dans la presqu'île de Sirmio". Mais il fallait beaucoup d'«'^.rgent à ce dissipateur qui menait à Rome, au milieu de cette frivole jeunesse à laquelle il donnait le ton, une existence inavouable. Bien qu'il ne le dise pas en termes précis, on devine facilement que le riche Manlius avait dû payer en espèces sonnantes le bel épithalame que le poète avait exécuté sur sa commande ^ Catulle acceptait par nécessité la protection des nobles, mais il ne les aimait pas. Voyez en quels termes méprisants il parle de l'opulent poète Mentula : l'imbécile ! il veut escalader l'Hélicon ; il faut que les Muses l'en fassent descendre à coup de fourche * ! Un jour, Catulle