Carm., lOo
accepte un dîner de Sextius, riche amateur, qui avait la manie de servir à ses convives, au dessert, de beaux morceaux d'éloquence ; notre poète essuya donc à son tour la lecture d'un plaidoyer. Mais le lendemain il couvre son hôte de ridicule * ; il eût mieux valu refuser le diner de Sextius.
On a voulu faire à Catulle un beau rôle d'opposition contre César, parce qu'il a dit tout le mal possible de ses mœurs'. Soit, qu'on voit là, si on le veut absolument, la marque de ses sentiments républicains; en tout cas, ce patriotisme ne fit pas long feu. César invita le poète à dîner ; Catulle accepta, et fit des excuses^ pour ses vers trop hardis; ainsi finit cette campagne d'opposition!
Nous avons une petite pièce adressée par Catulle à Cicéron, «au plus éloquent des fils de RnnuilusS). Elle est d'un ton humblement hypocrite ; l'excès même de la louange indique moins des relations cordiales qu'une flatterie intéressée. Quîuid on relit Catulle avec soin et sans parti pris, on garde, je crois, cette impression très vive, qu'il subit à contre-cœur le précaire patronage des grands : «Allez donc rechercher de puissants amis^î » dit-il avec une ironie amère, dans une pièce où il a versé toutes ses rancunes. Il les recherche cependant, parce que le dissipateur en détresse est toujours à court de finances.
On voit assez bien maintenant dans quelles dispositions d'esprit Catulle commença son voyage avec Menmiius. Il faut le dire brutalement : il espérait s'enrichir, laire fortune ; ces avantages devaient le consoler des longues heures d'ennui qu'il prévoyait. Il savait qu'un gouverneur romain revenait souvent gorgé de richesses; ce serait grand malheur, si, de ce festin, il ne revenait pas quelques reliefs au poète. Catulle avait même avoué à ses amis ces misérables