‹ Les gens de lettres et leurs protecteurs à Rome [microform]Chapitre 297 sur 345 · Suot., V>.çp., 1 et i:i · texte numérisé non relu

Suot., V>.çp., 1 et i:i

3 D/a/. Orat., 2, 3, 10 el 11. - Mafernus semble d'ailleurs reconnaître Ini-memc qu'il ne courait pas des dangers bien sérieux. 4. Octav., 87; 110; etc.

haute noblesse; car l'auteur inconnu à'Octavie rappelle, parmi les crimes de Néron, le lâche assassinat de Sylla et de Plautus^

La tragédie de lecture était le plaisir des gens d'esprit, qui savourent avec volupté une allusion savante. Pour la foule, il faut moins de délicatesse, et plus de force. Le théâtre comique a été la grande saturnale populaire de l'empire ; c'est là surtout que l'esclave était hardi devant le maître, et que le maître était obligé d'être indulgent. Le peuple était l'enfant gâté du pouvoir ; ce n'était presque jamais sur lui que tombaient les colères du césarisme; on lui passait bien des caprices séditieux; on n'osait pas trop sévir contre ses plus téméraires équipées; s'il applaudissait au théâtre une saillie insultante pour le prince, le mieux était de sourire avec indulgence, ou bien de faire semblant de n'avoir pas entendu.

L'histrion d'ailleurs était un personnage à ménager ; il était l'idole du public ; on se l'arrachait dans les bonnes maisons. Les riches voulaient en avoir chez eux, et Domitien même admettait un acteur à ses soupers intimes ; les dames romaines faisaient des fohes pour ces êtres impurs -. Leur ignominie d'un côté, de l'autre leur puissance, les mettaient ordinairement à couvert des grands coups. Ils avaient d'ailleurs le sentiment de leur force; aussi rien n'égalait la hardiesse de leurs attaques et de leurs insultes. La représentation des atellanes et des mimes portait le déshonneur dans les familles ; on disait : « Insolent comme un acteur. » Les vices des personnages en vue étaient mis sur la scène, et jetés en pâture aux applaudissements cyniques de la multitude ; on insultait des femmes du sang

1. VmL, 437 sqq. Cf. Tac, Ann., xiv, o7-59. — Le philosophe stoïcien Cornutus et son disciple Perse paraissent aussi avoir écrit des tragédies (voy. Vita Vers.) ; il est probable quelles n'étaient pas exemptes au moins de quelques allusions politiques.

2. Les textes qui montrent l'importance des histrions sous l'empire, leurs intri'ç'ues, leurs cabales, sont très nombreux; ce n'est pas ici le lieu de les citer.

le plus illustre'. Le théâtre était un lieu d'intolérable licence : c'est là ordinairement que commençaient les mouvements populaires, aidés sans aucun doute par les allusions, les mots à double entente, les improvisations de circonstance que se permettaient les acteurs favoris du public. Si la foule était irritée d'une mesure impopulaire, si elle réclamait la mort ou l'exil d'un homme politique, si les vivres étaient cliers, ces désordres pouvaient dégénérer en émeutes sanglantes. Sous Tibère, des soldats et un centurion furent tués, un tribun de la cohorte prétorienne blessé dans une sédition théâtrale'. Il fallut souvent réprimer ces excès par des lois et par des ordonnances de police ^ Auguste en général avait été fort indulgent pour la scène, un peu par faiblesse pour Mécène, qui adorait le spectacle, un peu par politique, affectant d'approuver et d'aimer les plaisirs du petit peuple; il se contenta de chasser et de faire fouetter en public deux ou trois acteurs insolents ; d'ailleurs, il faut le dire, la licence du théâtre n'avait pas dégénéré en sédition dangereuse. Les grands désordres commencèrent dès les premiers mois du gouvernement de Tibère ; encore mal affermi, il n'osa guère sévir. iMais l'année suivante, les troubles furent si graves^ que le sénat crut devoir en délibérer; comme ils venaient surtout de la ridicule importance qu'on avait laissé prendre aux comédiens, et par suite^ de leur hardiesse qui ne reculait devant aucune témérité, on diminua leurs appointements, et on défendit aux sénateurs d'entrer dans leurs maisons; on autorisa aussi les préteurs à punir de l'exil la turbulence des spectateurs; cependant ces mesures furent peu efficaces, car

1. Min., Oc^,34; Sén., Qu. Xat., i, IG; Tac, Ann., xi, 13 et 77. Cf. Suét., Oct., 4o,

2. Suél., Tifj., 37; Tac, Ami., vi, 13; xiii, 24 et 28; Ilist., i, 72; IMut., Galba, 17; D. Cass., lxi, 8; Cassiod., Variai-., i, ep. 20 et 33; etc. — Voy. aussi les textes cités dans la note de la page suivante.

3. Déjà, l'an 115 avant Jésus-Christ, les censeurs avaient chassé les histrions de Home, du moins d'après Cassiodore {Chron. ad hune an.). — On se rappelle aussi les mésaventures de .X.Tvius, pour avoir attaqué l'aristocratie romaine. (Voy. plus haut, liv. \", chap. \^f .

les préteurs ne cessaient de se plaindre du dévergondage qui régnait au théâtre. Enfin Tibère prit le parti de signaler au sénat la licence des histrions. Il représenta leurs séditions en public, leurs débauches privées, et déclara que ces farces autrefois inventées par les Osques en étaient venues à ce degré d'immoralité et daudace qu'elles devaient être arrêtées par une extrême rigueur. A la suite de ce rapport, les comédiens furent chassés d'Italie ; malgré les prières du peuple, Tibère refusa plus tard de les rendre à la scène. Claude suivit la même politique. Pour Néron, les informations paraissent contradictoires; il est probable qu'il fut sévère aux licences du théâtre, tant que Sénèque garda sur lui quelque influence, et qu'au contraire il les encouragea par la plus scandaleuse impunité, à partir du moment oii rien ne lui parut plus beau que la profession d'histrion. Après lui, les empereurs furent souvent obligés d'intervenir contre les désordres du théâtre ^

Dans ce débordement de licence, il était impossible que le pouvoir fijt toujours ménagé ; aussi rien n'est-il plus commun que les hardiesses de la scène contre les princes. Évidemment cette liberté presque sans limites, quelquefois à demi consentie par le gouvernement lui-même, fut un des privilèges et un des attraits du théâtre sous l'empire. Quelquefois l'insulte était dans l'œuvre originale, écrite ou au moins esquissée parmi auteur de profession; dans ce cas, l'acteur se bornait à mettre l'épigramme bien en relief par un jeu accentué. Mais en général il semble que les choses se passaient autrement. On sait que l'atellane et le mime étaient aussi libres dans leur interprétation que dans l'agencement et la conduite de la fable. Tantôt joué sur un simple canevas que l'histrion remplissait à son gré, tantôt écrit d'avance, mais enrichi par l'acteur de mille fantai-

1. Suét., Oct., 4:;; Tib., 37; Ner., 16 et 26; Bom., 7; D. Cass., lvii, 21 ; Tac, ^n/i., I, 54 et 77; iv, 14; xi, 13 ; xiii, 25; IMin., Pan. TraJ., 46. Cf. Suét., Tib., 34; Calig., 27; IMut., Galba. 16; Capit., Ant. Phil., 11; Tac, Ann., I, 73; etc.

sies personnelles, d'inventions pittoresques, d'additions suggérées par les circonstances, le drame populaire était une invitation à toute espèce d'audaces ; elles naissaient d'elles-mêmes, d'ailleurs aidées et soutenues par la connivence du public. La scène était réclio de la salle, et lui renvoyait toutes ses passions, transformées en insultes ou en allusions sanglantes; de l'histrion aux auditeurs, c'était une provocation mutuelle à tout dire et à tout applaudir. Si, à ce moment-là, le peuple n'était pas content de ses maîtres, l'acteur se chargeait de le lui faire brutalement comprendre. Ainsi encouragés par l'opinion, les mimes se permettaient, même en présence des Césars, des témérités à peine croyables. Ils allaient aussi loin qu'on peut aller, sans en excepter la provocation à l'assassinat. L'empereur Maximiii, vrai barbare taillé en colosse, était très fier de sa haute taille et de son courage; un acteur osa chanter un jour, devant lui, des vers grecs dont le sens était : « Celui qui ne peut pas être tué par un seul est tué par plusieurs. L'éléphant, il est grand, et on le tue; le tigre, il est fort, et on le tue ; si tu ne crains pas chacun, crains tout le monde. » Par bonheur, Maximin n'entendait pas le grec : « Que vient de dire ce bouffon? » demanda-t-il à son entourage. « C'est un vieux refrain, lui dit-on, contre les gens de mauvais caractère '. »

Marc-Aurèle n'eut pas cette ressource pour échapper à l'ennui d'une meurtrière épigramme. On l'accusait de tolérer l'inconduite de sa femme, et même de garder ses faveurs pour les amants de Sabine, entre autres pour un certain Tertullus. Dans la ville, on jasait de cette affaire, et le théâtre ne manqua pas de s'en emparer. On vit un jour paraître sur la scène un Stupidus, — il paraît que ce rôle était particulièrement goûté du public, — sorte de Georges Dandin balourd, aussi malheureux en ménage que Marc- Aurèle. Trois fois notre imbécile demande à un valet le

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