‹ Les gens de lettres et leurs protecteurs à Rome [microform]Chapitre 302 sur 345 · I). Cass., Lxxv, 8. Cf. Capil. Ma.iini., S · texte numérisé non relu

I). Cass., Lxxv, 8. Cf. Capil. Ma.iini., S

tombe d'elle-même ; en témoigner de la colère, c'est accepter le reproche. Je ne parle pas des Grecs : chez eux la licence même n'eut pas plus de frein que la liberté; ou, si jamais des paroles furent punies, ce fut par des paroles. » Les Annales de Cordus furent recherchées à Home et dans les provinces, et brûlées par les édiles. Mais" à peine Tibère avait-il disparu, qu'on vit reparaître ce livre si soigneusement supprimé ; à ce propos. Tacite fait des réflexions qui viennent précisément compléter celles de Cordus lui-même. « La tyrannie est insensée de croire que son pouvoir d'un moment étouffera jusque dans l'avenir le cri de la vérité. Persécuter le génie, c'est en augmenter l'influence; les rois étrangers, et ceux qui, à leur exemple, ont puni les talents, n'ont obtenu que honte pour eux-mêmes, et gloire pour leurs victimes \))

Ceux qui demandaient la liberté avaient donc leur théorie toute prête. Pourquoi, disaient-ils, inventer ces prétendus crimes de la parole, ignorés de nos ancêtres? Sous l'ancienne République, on ne punissait que les actions-. 11 n'y a rien de plus avisé en politique qu'une sage tolérance, car on donne du crédit aux paroles, en sévissant contre elles; on provoque des propos plus acerbes; une opposition d'abord modérée tourne à une guerre implacable. Même si la faute est prouvée, et la représaille légitime, le pouvoir qui punit ses offenses paraît toujours abuser de la force. Il vaut mieux ne pas voir l'outrage, et, s'il est impossible de ne pas le voir, il vaut mieux le laisser tomber comme une chose indifférente ; la vengeance la plus sensible à celui qui parle mal de nous, est de ne pas daigner nous fâcher contre lui ; c'est chose royale de mépriser une injure. D'ailleurs, si l'accusation est fondée, quelle imprudence de paraître en convenir par notre emportement î si elle est fausse, quelle maladresse de lui laisser quelque autorité, en relevant une

1. Tac, Ann., iv, 34 et 35 (Trad. Rurnouf). Cf. D. Cass., lvh, 24; Sén. ad Marc, 1 et 22. '

2. On verra plus loin fjiie cela n'est pas tout à fait exact.

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