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misérable calomnie, dont tout l'empire parlera aussitôt qu'il saura que nous sommes en colère! Mettra-t-on en avant des motifs de sécurité? Il est cent fois plus sûr d'être aimé que d'être redouté, et, comme le dit le vieux vers de la comédie : « U faut craindre tout le monde, quand on est craint de tout le monde. » Les règnes longs et tranquilles ne sont pas, l'histoire le prouve, ceux des princes qui ont pris tant de précautions contre la haine de leurs ennemis. La clémence garantit la vie des rois, et la sécurité s'achète par une sécurité réciproque ^ .
Sénèque a exposé cette thèse libérale dans le traité de la Clémence, écrit tout exprès pour encourager les bonnes dispositions de Néron au début de son règne, et l'engager à pratiquer une politique d'indulgence et de pardon ^ Non pas que Sénèque recommande au jeune empereur une bonté sans vigueur, qui encouragerait toutes les hardiesses; cela est bon pour un idéologue, pour un philosophe d'école, qui raisonne loin des hommes et des nécessités du gouvernement. Sénèque est trop expérimenté pour tomber dans cette chimère d'un empire paternel, où l'on ne règne que par l'amour et la confiance. Pour lui^ la clémence n'est pas l'abandon du pouvoir, c'est une très grande modération dans l'exercice du droit de punir les offenses \ Quel art à prévenir les objections timides encore de Néron contre ce rôle de bonté qu'il avait très bien joué jusque-là, mais qui peut-être, de temps en temps, commençait à lui peser! Comme il sait prendre ce pauvre artiste par son faible, en le couvrant de compliments, en louant avec exagération ces premiers mois d'heureuse administration, avant-goût d'un règne qui déjà faisait oublier celui d'Auguste * !
L'auteur de la tragédie à'Octavic s'est souvenu des idées
1. D. Cass., LU, 31; Tac, lue. cit.; Aniu, i, 72: Agric, 2; Sén., di: Ira, II, 11 et 32; de CLem., i, 8, 9, 10 et 12; Vulc. Gallic, Avid. Cass., 2, 8 et U; A. Vict., Cœs., 20; etc.