Ad Ilerenn., i, 14; ii
'o. Dig., L. XLViii, T. X, de Injuriis et famosis libellis, o, § 9; lîî, § 29.
pas protégés par ces lois comme le dernier des citoyens; cependant nous devons dire qu'il n'en est jamais question, dans le récit des sévérités déployées contre les gens de lettres. Quand on donne un motif de cette persécution, on voit qu'ils sont frappés, non pas en vertu des lois générales sur l'injure et la diffamation, mais en vertu de la loi de majesté,
11 n'y en avait guère de plus vague, et par conséquent de plus terrible sous un règne oppresseur. Ce n'était pas toutefois une invention de l'empire; il Taxait rerue de l'ancien gouvernement sans presque en modifier la lettre ; mais, comme le remarque Tacite, il en avait changé l'esprit. Elle punissait autrefois la désertion l\ Teniiemi, la trahison, les attroupements séditieux, les émeutes à main armée, les prévarications graves, tout ce qui diminuait, comme on disait, la majesté de Rome^ Déjà cette législation si peu précise devait servir à plus d'une vengeance.
Sous l'empire, la loi de majesté fut l'instrument principal de la tyrannie ; elle suffisait presque à tous les services qu'il plaisait d'en attendre. On peut dire que Tusagc qui était fait de cette loi distinguait surtout les bons règnes des administrations tyranniques. Quand un prince nouveau avait besoin de ménager l'opinion, ou qu'il arrivait au pouvoir avec cet amour du bien public et ce libéralisme généreux de tous ceux qui goûtent pour la première fois de la domination, il ne manquait pas d'arrêter les procédures de majesté, et de déclarer qu'on ne connaîtrait plus, sous son gouvernement, ces procès odieux.
Comment cette loi, presque oubliée à la fin de la République, à peine invoquée deux ou trois fois par Auguste, devint-elle ensuite ce que les délateurs l'ont faite, à partir de la dixième année environ du règne de Tibère? Parla fiction de la puissance triùanifiennr, mot créé par Auguste pour couvrir la suprême puissance en évitant les noms de
4. Tac, Ann., i, 72; Diy., L. xlviii, T. iv, ad Leyem Jid'iam mnjcslatis.
dictateur et de roi\ les empereurs avaient hérité de la « dignité du peuple romain ». Toute atteinte à l'honneur du prince, un acte irrespectueux, un mot malséant, une raillerie tombaient dès lors sous la loi de majesté, d'autant plus exigeante que les Césars étaient revêtus d'un caractère sacré. Toucher à l'empereur, même par une simple épigramme, était à la fois un crime politique et un sacrilège '\
La cupidité des délateurs, la servilité du sénat, la complaisance des juristes en vinrent à tirer de la loi de majesté les conséquences les plus extraordinaires et les plus imprévues. Ce fut quelquefois un crime contre la divinité césarienne d'admettre un pantomime à la liturgie privée du culte des empereurs, de changer de vêtements ou de battre un esclave près d'une image d'Auguste, de profaner son nom par un parjure, de vendre ou de convertir à des usages profanes une statue du prince régnant, de ne jamais invoquer son génie, de consulter témérairement les astrologues sur la destinée de la maison des Césars. Tuscus, frère de lait de Néron et procurateur d'Egypte, fut exilé comme ayant fait usage des thermes construits pour l'arrivée de l'empereur. Cassius Longinus, jurisconsulte éminent, fut mis à mort parce qu'il conservait, dans la série généalogique de sa famille, le portrait de Cassius, assassin de Jules César. Pourquoi reculerions-nous devant d'autres faits plus étranges encore? On accusa quelqu'un de n'avoir pas ôté de son doigt, avant d'entrer dans les latrines publiques, un anneau où était enchâssée l'image d'Auguste ! Les légistes dissertaient savamment sur toutes les offenses possibles à la dignité du prince : s'il était criminel de refondre une statue de l'empereur mal venue, ou bien endommagée par le temps, si on pouvait être inquiété pour avoir atteint une image de César avec une pierre lancée au hasard, sans aucune intention sacrilège. Septime-