Tac, Ann.. xiv
l'esprit d'Auguste. Ces promesses ne furent pas illusoires; il ne manqua aucune occasion d'affirmer une politique libérale ^ . Nous avons dit plus haut que la funeste loi de majesté s'était réveillée pour la première fois à l'occasion d'une satire écrite contre Néron ; mais Thraséas, encore écouté du sénat, et même respecté du prince, réussit sans peine à écarter la peine de mort, et à faire prévaloir un avis plus doux. On crut même un moment que cette accusation n'avait été introduite que pour ménager à l'empereur, après la condanmation du coupable, la gloire de Tarracher à la mort en vertu de la puissance tribunitienne- ; tant l'opinion aimait à croire à sa clémence. Le masque tomba peu à peu, et on vit encore une fois la parole persécutée comme un crime. lUautus, Soranus, Thraséas, Musonius Rufus, Cornutus, llelvidius Priscus furent punis de la mort ou de Texil pour leur stoïcisme indépendant, le rhéteur Verginius pour ses généreuses déclamations, trop goûtées de la jeunesse, Véienton pour un testament injurieux, Sénèque et Lucain pour toute sorte de motifs. Au plus fort de la persécution, Montanus fut cependant épargné; on voulut bien pardonner à sa jeunesse quelques vers difïamatoires, et on se contenta de l'exclure des honneurs ^
C'est au temps de sa grande prospérité que Néron frappa les coups les plus terribles sur ceux qu'on appelait les ennemis de l'État; il choisit l'arrivée de Tiridate à Rome, et les fêtes splendides préparées pour sa réception, quand il voulut se défaire de Soranus et de Thraséas, regardant peut-être comme un acte royal, et digne de la souveraine puissance, l'exécution de ces hommes éminents, que la naissance, les richesses, les magistratures, la grandeur du caractère
1. Siu'l.. AV'y., 10; Tac, Ann., xiii, 4, .j, lU et 11; Dion Cass., lxi, 3; Sén.. flr drm., I, 1.