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sollicita rindulgence, et conclut à peu près en ces termes : « Souffrez, Pères conscrits, que je réclame une grâce de votre piété; je sais bien d'ailleurs que je ne l'obtiendrai pas sans peine. Laissez aux coupables le droit de choisir leur genre de mort. Ainsi nous nous épargnerons un pénible spectacle, et cette clémence fera comprendre à tous que j'étais présent à votre délibération. »
Le sénat était convoqué pour les accusations les plus absurdes; on faisait le procès à Lucullus, lieutenant de la Bretagne, qui avait laissé donner son nom à des lances d'une forme nouvelle, et à Métius Pomposianus, qui colportait une carte du monde, et dont quelques esclaves avaient les noms de Magon et d'Annibar. Que pouvait-il rester d'indépendance littéraire? Martial a cependant écrit que la liberté n'avait jamais été plus grande-. Oui, peutêtre, la liberté de la flatterie ; en effet, pour les écrivains et surtout les poètes récompensés, pensionnés, couronnés, incapables d'écrire un mot hostile ou équivoque, de se permettre une allusion, une raillerie, pour ceux-là il n'y avait guère d'entraves : ils pouvaient à leur aise raconter les victoires de Domitianus Dacicus, et vanter ses spectacles. D'autres, gens honnêtes, achetaient le droit d'écrire par quelques adulations banales, avidement accueillies.
Beaucoup prirent le parti de cacher leur talent; Tacite et Juvénal gardèrent probablement le silence. Devant les tribunaux, tout écart de parole était épié par les délateurs; Pline n'échappa au danger qu'en se gardant des moindres imprudences \ Un rhéteur fut accusé d'avoir invectivé contre les tyrans, licence inoffensive qu'on avait presque toujours laissée aux déclamateurs de l'école; un poète, d'avoir mis en scène, dans un exode d'atellane, sous les noms de l^àris et d'OKnone, le divorce de Domitien. Hermogène avait gUssé dans une histoire quelques allusions