Plin., £>., I, 0. Cf. m
au temps présent ; il fut condamné à mort, et on mit en croix les scribes qui avaient copié les premiers exemplaires de l'ouvrage '.
Cependant le danger même d'écrire provoquait des hardiesses. On savait que l'empereur était fort sensible aux moindres quolibets; raison de plus pour ne pas lui épargner les épigrammes. Domitien avait la sottise de croire à sa beauté, et d'en être vaniteux ; mais, dans les dernières années, il devint chauve, et fit alors un petit traité sur la conservation des cheveux ; ce ridicule donna lieu à mille plaisanteries. Il avait promulgué un édit bizarre qui ordonnait d'arracher une grande partie des vignes; aussitôt circulèrent des billets, où la vigne disait au tyran : « Quand même tu me couperais jusqu'à la racine, je porterai encore assez de grappes pour inonder de flots de vin le cadavre de César immolé. » il fut si effrayé de cette menace, qu'il renonça à poursuivre l'exécution de son édit*.
Mais la grande querelle de Domitien fut avec les philosophes. Tacite ne fait pas difficulté d'avouer qu'il y eut, du côté des stoïciens, d'inutiles oppositions, et une générosité qui se perdait en résistances imprudentes ; il loue Agricola d'avoir choisi des voies plus modérées, et d'avoir évité cet étalage d'indépendance qui semble chercher à la fois la renommée et la mort. « Qu'ils apprennent, ajoutet-il, ces admirateurs de tout ce qui brave le pouvoir, que, même sous de mauvais princes, il peut y avoir de grands hommes, et que la déférence et la soumission, si le talent et la vigueur les accompagnent, mènent aussi bien à la gloire que cette témérité qui, sans fruit pour la République, se jette à travers les précipices, et semble briguer l'honneur d'une mort éclatante \ »
Vers cette époque se forma, autour de Thraséas et d'Hel-
1. Suét., Dom., 10; D. Cass., lxvii, 12. Cf. Plin., Paii. Traj., 47 et 53, et Ep., pasxim.