Suétone {loc. cit.) raftirnie positivement
au plus lui permit-on de résider quelques jours aux portes de Rome, en attendant qu'il mît ordre à ses affaires, et trouvât quelque argent pour satisfaire ses créanciers. Les philosophes furent chassés une seconde fois sous Domition; quelques-uns, sans doute oubliés ou tolérés lorsqu'on lit la première exécution, commirent de nouvelles imprudences, et partirent à leur tour. Il y en eut dont le courage fléchit, misérables apostats de la secte stoïcienne, qui se tournèrent du coté de la force, comme ce Décianus, philosophe des plus conciliants, que .Martial félicite assez ironiquement d'être trop raisonnable pour se jeter au-devant d'une épée, la poitrine découverte*.
L'expulsion des philosophes fut considérée à bon droit comme un très gros événement. Tout en faisant ses réserves, nous lavons dit, sur l'opportunité d\me âpre résistance, Tacite exprimait encore avec chaleur, plusieurs années après, l'indignation que les bons citoyens éprouvèrent devant cette violence. La colère donna môme du courage aux plus réservés ; Pline le Jeune, encore moins partisan que Tacite d'une opposition systématique, eut la générosité de se compromettre par un connnerce suspect avec les exilés ^ Peut-il, en elïet, y avoir quelque chose de plus grave, dans les conseils de la politique humaine, que de proscrire des hommes pour l'habit qu'ils portent, et pour les opinions qu'ils professent? La légende ajouta ses fables à cette lutte dramatique de la tyrannie et de l'idée stoïcienne. Entre autres choses, on raconta qu'Apollonius de Thyane, alors en Orient, avait vu de là le coup d'épée qui finit le martyre de la philosophie, et qu'on l'avait entendu dire, les yeux tournés du côté de l'Italie : a C'est bien, Stéphanus, bravo! tu l'as frappé... tu l'as blessé... tu Tas tué. »
1. Suétone, Dion Cassiiis, et Tacite, Agricjor. cit.; Pliii Ep m {{- Pan Traj \1 ol 9o; Sulpicia, Sat., lîl sqq.: Lur., Peregr., \s; IMiilostr ,' Apoll., IV, 43; VII, 4 et 11; S. Jér., Chron.. ad ann. 89 et 1).V Mait i 8
■1. Pliri., £>., III, 11. • , . .
Le règne si court de Nerva fut surtout un temps de réparation morale : la délation tomba, et les exiles rentrèrent de toute part\Avec Trajan, nous entrons définitivement dans un siècle qui ne nous laissera rien à dire, car la paix des esprits n'a pas plus d'histoire que la paix politique. Cependant la mort de Domitien amena d'abord, comme rehe de Néron, une détente subite si violente, qu'elle ressemblait à de la fièvre. Retrouver la liberté ne suffisait pas; on voulait s'en donner à soi-même le sentiment et même les licences. Le sénat, qui avait tant de fois voté, la terreur dans Tàme, la mort des accusés qu'on amenait à sa barre, faisait apporter des échelles, décrochait hâtivement les écussons et les portraits de Domitien, abattait ses statues, et les brisait contre terre'. Les hommes d'un caractère plus élevé dédaignaient ces puériles et basses vengeances, dignes de la populace; ils se jetaient sur les délateurs avec des cris tumultueux et confus, accusant et accablant presque au hasard ceux qui avaient trop bien servi la haine de Dumitieii, mais ménageant, comme d'habitude, ceux qui étaient assez armés pour se défendre*. On écrivit l'histoire des victimes et du tyran, et Pline donne à entendre que plusieurs livres naquirent de ce besoin si naturel de rappeler, quand la sécurité fut revenue, les alarmes et les périls passés'*.
Après que tant d'excès avaient été commis au nom du principe d'autorité, Trajan comprit qu'il était politique de « rendre la domination plus douce, et de faire vivre en bons termes l'empire et la liberté"' ». 11 ne manquait pas d'ailleurs de fermeté contre les actes séditieux, mais il négligeait les paroles, assez fort de l'opinion générale pour ne pas prendre garde aux épigrammes d'un petit
1. I*. Oios., VII, 11. ce. Tac., Atjnc, 3; D. Cass., lxvhi, 2; etc.
■1. Suét., Dom., 23; Plin., Pan. TraJ., o2.